Des millions de Français croisent llaollao chaque été sur les artères commerçantes de Barcelone, Valence ou Lisbonne. De retour chez eux, ils cherchent l’adresse la plus proche et ne trouvent rien. L’enseigne espagnole de yaourt glacé n’affiche plus aucun point de vente en France en 2026, alors qu’elle y était bel et bien installée.
L’histoire mérite d’être racontée dans le bon ordre, parce qu’elle contredit l’intuition. La France n’est pas un territoire que llaollao aurait ignoré ou jugé trop compliqué à conquérir. C’est un marché sur lequel la marque a ouvert, recruté des partenaires, annoncé des projets, avant de refermer la parenthèse sans un communiqué. Pour un candidat à la franchise, ce type de trajectoire vaut tous les manuels.
De Dénia à Kuala Lumpur : la trajectoire du yaourt glacé espagnol
Le premier comptoir ouvre en 2009 à Dénia, station balnéaire de la province d’Alicante. Pedro Espinosa, ingénieur de formation, mise sur un yaourt glacé peu sucré que le client compose lui-même : fruits frais, céréales, sauces. Le groupe installe ensuite son siège à Murcie, où il pilote toujours son développement.
Le concept voyage vite. Portugal en 2011, Singapour et Arabie saoudite en 2013, Houston fin 2018. Dix ans après l’ouverture initiale, la marque revendique une présence sur quatre continents, avec une gamme identique partout : pot classique, formats réduits, version allégée, smoothies.
Septembre 2012 : l’enseigne débarque en France avec de vraies ambitions
La marque pose ses valises en France à l’automne 2012, au centre commercial Cap 3000. Un an plus tard, elle exploite trois boutiques et annonce une nouvelle unité au centre commercial Avant Cap, à Plan-de-Campagne, près de Marseille.
Le discours de l’époque ne manque pas d’ambition. Le réseau cible les grandes métropoles du sud, cite Bordeaux, Montpellier, Poitiers et Toulouse, et compte alors une centaine d’implantations réparties dans dix-sept pays. La France est présentée comme un relais de croissance naturel.
En juin 2014, une partenaire ouvre à La Baule-Escoublac, à l’angle de l’avenue du Général de Gaulle et du boulevard Hennecart, à deux pas du front de mer. C’est la première adresse de l’enseigne dans les Pays de la Loire, et le signe que le développement ne se limite plus au sud.
Huit ans plus tard, toujours trois magasins, puis plus aucun
Le décrochage se lit dans les propres publications de la marque. En janvier 2020, llaollao dresse le bilan d’une décennie d’expansion internationale et recense pays par pays son réseau européen. La France y figure avec trois points de vente. Exactement le même chiffre qu’en 2013.
Le localisateur officiel, lui, ne renvoie plus aucune adresse française en 2026. Le site français de la marque existe pourtant toujours, avec sa carte des produits et sa page « où nous trouver ». Une vitrine sans magasin derrière, qui entretient la confusion des internautes.

La Belgique voisine a connu le même sort. Un magasin franchisé y avait ouvert à Louvain en 2012, sur une place historique du centre-ville. Le point de vente n’a jamais trouvé son public, et l’enseigne a disparu du paysage belge de la franchise.
Pourquoi le frozen yogurt espagnol n’a pas pris racine en France
Le premier frein est culturel. Le dessert glacé se joue encore largement chez nous sur le terrain du cornet et de la glace artisanale. Sur le marché du frozen yogurt en France, le produit plafonne autour de 4 % des volumes de crèmes glacées consommés.
Part estimée du yaourt glacé dans les volumes de crèmes glacées consommés en France, très loin derrière la glace traditionnelle.

Le deuxième frein est climatique, donc économique. Un comptoir de yaourt glacé encaisse l’essentiel de son chiffre d’affaires entre mai et septembre. En Espagne ou en Malaisie, la saison couvre huit à dix mois. À Rennes ou à Lille, elle se compresse sur quatre, avec un loyer d’hypercentre à honorer douze mois sur douze.
Le troisième frein tient à la concurrence installée. Quand la marque espagnole cherche ses emplacements, les galeries marchandes et les rues piétonnes appartiennent déjà aux franchises de glacier françaises, équipes formées sur place et logistique rodée.
Bon à savoir
Le format compte autant que le produit. Les enseignes de glace qui tiennent la distance en France combinent presque toujours un corner en galerie marchande, un kiosque saisonnier et une offre livrée. Le pur comptoir de rue supporte mal un hiver français.
Licence de marque : combien coûtait l’ouverture d’un llaollao ?
Les conditions publiées lors du développement français situent l’enseigne dans la fourchette basse de la restauration à emporter. Un ticket d’entrée modéré, mais des redevances élevées, caractéristiques d’un concept à forte notoriété et à faible surface.
| Poste | Montant | Commentaire |
|---|---|---|
| Apport personnel | 30 000 euros | Base de financement du projet |
| Droit d’entrée | 12 000 euros HT | Accès à la marque et à la formation initiale |
| Investissement global | 100 000 à 120 000 euros | Agencement, matériel de production, stock |
| Royalties | 6,5 % du CA HT | Redevance d’exploitation |
| Redevance publicitaire | 1,5 % du CA HT | Communication nationale |
Ces chiffres sont à lire comme des ordres de grandeur historiques, pas comme une offre en cours. Aucun recrutement n’est ouvert sur le territoire en 2026.
Un développement par partenaire local, pas par candidature
Hors d’Espagne, llaollao ne recrute pas magasin par magasin. Le groupe confie un pays ou une zone à un partenaire local, chargé d’ouvrir, d’approvisionner et de recruter à son tour. Ce mécanisme explique la croissance rapide en Asie du Sud-Est, où un seul opérateur peut aligner plusieurs dizaines d’unités.
Il explique aussi les échecs. Sans partenaire solide, un pays reste bloqué à deux ou trois adresses. À ce volume, aucune marque ne finance une centrale d’achat, une campagne de notoriété ni une équipe d’animation réseau. Le point mort n’est jamais atteint.
Pour un porteur de projet français, la conséquence est immédiate : envoyer une candidature spontanée ne sert à rien tant qu’aucun partenaire n’est désigné sur le territoire.
Le conseil de la Rédac’ :
Avant de vous attacher à une marque étrangère très visible sur les réseaux sociaux, vérifiez qu’un interlocuteur existe en France et qu’il peut vous remettre un Document d’Information Précontractuel (DIP). L’article L330-3 du Code de commerce impose sa transmission au moins 20 jours avant la signature. Pas de DIP, pas de projet.
Ce qu’il faudrait réunir pour revoir un llaollao en France
La notoriété française de la marque repose sur le tourisme, pas sur une implantation. Les Français comptent parmi les premiers visiteurs de l’Espagne et du Portugal, et l’enseigne occupe précisément les rues où ils se promènent. Le produit se photographie bien, il circule, il reste en mémoire.
Cette notoriété sans magasin constitue même un piège classique du développement international : elle génère du trafic de recherche, pas du chiffre d’affaires. Elle profite souvent aux concurrents déjà installés, qui récupèrent une demande qu’ils n’ont pas créée.
Un retour supposerait trois conditions réunies : un partenaire capitalisé, un plan d’ouvertures assez dense pour créer un effet de réseau, et un format compatible avec la saisonnalité française. Aucune de ces pièces n’est publiquement en place en 2026. Reste que la demande, elle, existe bel et bien. Pour l’entrepreneur qui veut la capter sans attendre un hypothétique retour, la vraie question n’est pas de savoir quand llaollao reviendra, mais comment ouvrir un glacier avec un réseau qui recrute réellement sur le territoire.











