Carrefour a annoncé le 19 octobre avoir signé avec le groupe belge Colruyt un accord pour racheter Codifrance, le grossiste de proximité qui approvisionne environ 3 100 épiceries et supérettes, dont environ 800 sous ses cinq enseignes, parmi lesquelles Coccinelle et CocciMarket. L’opération valorise Codifrance à 152 millions d’euros. Les magasins, eux, appartiennent à des commerçants indépendants liés à Codifrance par un contrat d’affiliation.
Le montant retenu est un peu inférieur aux 155 millions d’euros évoqués fin septembre. Le rachat doit encore remplir plusieurs conditions avant d’être réalisé. « Cette très belle entreprise française est extrêmement complémentaire de Carrefour Proximité », a déclaré Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, dans le communiqué. Le groupe compte déjà plus de 1 500 magasins sous son enseigne Proxi.
Selon La Lettre, qui a publié l’information le 29 septembre 2026, l’offre de Carrefour a été déposée cet été auprès du groupe belge Colruyt, propriétaire de Codifrance. Le conseil d’administration de Colruyt l’avait examinée le vendredi 25 septembre.
3 100 commerces approvisionnés depuis trois centres de distribution
Créée en 1969, Codifrance a son siège à Châteauneuf-sur-Loire, dans le Loiret. L’entreprise livre ses clients depuis trois centres de distribution, dont deux grands entrepôts dans le Loiret et le Calvados, avec environ 8 000 références en frais, épicerie et surgelés. Elle a réalisé 307 millions d’euros de chiffre d’affaires sur son exercice 2025-2026 et emploie près de 380 collaborateurs, selon Carrefour. C’est la dernière activité de Colruyt en France, depuis la cession de ses supermarchés français.
Sur les 3 100 magasins qu’elle approvisionne, environ 800 portent l’une de ses cinq enseignes : CocciMarket (248 magasins), Panier Sympa (193), VivÉco Market (167), Épi Service (114) et Coccinelle (74). Le réseau couvre les trois quarts du pays, du centre-ville au village, mais reste absent de huit départements du Sud-Ouest, des Landes aux Pyrénées-Orientales. Coccinelle, la moins nombreuse, décline aussi un format supermarché qui la rapproche des enseignes de supermarché en franchise.
La plupart de ces points de vente sont des commerces de village ou de quartier de quelques centaines de mètres carrés. Pour ouvrir une supérette de ce type, le commerçant doit compter sur une marge brute de 20 à 35 % selon les rayons, ce qui rend le prix d’achat auprès du grossiste décisif pour sa rentabilité.
152 millions d’euros, après une offre des Mousquetaires
Carrefour n’était pas seul sur le dossier. D’après La Lettre, le groupement des Mousquetaires (Intermarché, Netto) avait déposé en juillet une offre d’un peu plus de 120 millions d’euros. Selon Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution, Codifrance est aujourd’hui rattachée à Intermarché pour ses achats, par l’intermédiaire de Francap.
Valeur de Codifrance dans l’accord signé le 19 octobre 2026, contre un peu plus de 120 millions d’euros proposés en juillet par les Mousquetaires.

Selon La Lettre, l’offre comprenait aussi la cession en parallèle de magasins Carrefour à Colruyt en Belgique.
Des commerçants affiliés, pas franchisés
« Franchisé ? Non, affilié ! » : Codifrance résume ainsi son modèle sur son site. Le commerçant ne paie ni droit d’entrée ni redevance calculée sur son chiffre d’affaires, seulement une cotisation mensuelle fixe. Il choisit son statut juridique et ses horaires, suit des prix conseillés mais non imposés, et s’engage pour cinq à sept ans.
Ce contrat léger explique le faible ticket d’entrée : ouvrir un magasin CocciMarket demande un apport personnel de 20 000 à 25 000 euros. C’est aussi pourquoi Carrefour ne rachète pas les magasins eux-mêmes : il va reprendre le grossiste, ses enseignes et ses contrats, et le nombre de commerçants prêts à le suivre reste l’un des enjeux de l’opération.
Chaque contrat ayant une durée limitée, les commerçants affiliés choisiront à son échéance entre leur enseigne actuelle et les autres réseaux de supérettes en franchise, dont les conditions d’entrée et de redevance diffèrent souvent de l’affiliation.
Du village au supermarché de quartier, les enseignes qui vont passer chez Carrefour
Les enseignes Codifrance couvrent tout l’éventail de la proximité. Panier Sympa et Épi Service s’adressent surtout aux villages, VivÉco Market aux quartiers, CocciMarket aux centres-villes, avec un format City récemment ouvert dans le 18e arrondissement de Paris. Ces magasins viendraient s’ajouter aux formats de proximité que Carrefour développe déjà avec ses propres franchisés.
Coccinelle monte d’un cran, avec des Coccinelle Express en ville et des Coccinelle Supermarché. Au-delà de 400 m², ces magasins changent de catégorie : on quitte la proximité pour la surface où l’on peut ouvrir un supermarché, entre 400 et 2 500 m², avec une offre complète en frais, épicerie, surgelés et non-alimentaire.
Des engagements pour les salariés des entrepôts
Codifrance emploie près de 380 collaborateurs, selon Carrefour, notamment dans ses centres de distribution du Loiret et du Calvados. Selon La Lettre, l’offre de Carrefour comprenait l’engagement de conserver ces salariés et ces entrepôts pendant 18 mois.











