Chaque été, des centaines de milliers de Français rentrent d’Espagne avec une question sur les lèvres : pourquoi Mercadona n’existe-t-il pas chez nous ? Numéro un de la distribution alimentaire en Espagne avec 28,2 % de part de marché et 38,835 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, l’enseigne valencienne ne figure dans aucun plan d’expansion français. Son modèle économique, radicalement éloigné de la franchise, explique largement pourquoi.

La question revient chaque saison sur les réseaux sociaux et dans les conversations de frontière : comment une enseigne aussi puissante peut-elle rester absente d’un marché de 68 millions de consommateurs, à quelques heures de route de ses bases ? Pour y répondre, il faut d’abord comprendre ce qu’est vraiment Mercadona, et surtout ce qu’elle n’est pas.
Un leader aux résultats hors norme sur le marché espagnol
Fondée en 1977 à Valence par la famille Roig, reprise en 1981 par Juan Roig, Mercadona s’est imposée comme la première enseigne de grande distribution alimentaire d’Espagne. Ses résultats 2024, publiés officiellement par le groupe, illustrent une domination sans équivoque.
Le chiffre d’affaires consolidé atteint 38,835 milliards d’euros, en progression de +9 % sur un an. Le bénéfice net s’élève à 1,384 milliard d’euros, soit une hausse de +37 % par rapport à l’exercice précédent. Le groupe exploite 1 674 supermarchés au total : 1 614 en Espagne et 60 au Portugal.
Part de marché de Mercadona dans la distribution alimentaire espagnole en 2024, selon ESM Magazine. Aucun autre distributeur national ne dépasse les 10 % sur ce marché.

Cette part de marché de 28,2 % n’a pas d’équivalent en Europe pour une enseigne alimentaire nationale non diversifiée. Le deuxième acteur, Carrefour, plafonne à moins de 10 % du marché espagnol. L’écart est structurel, et il s’est creusé régulièrement depuis dix ans.
Un modèle intégré sans franchisé ni licence : la clé de tout
Mercadona ne pratique pas la franchise. Chaque magasin appartient au groupe, chaque salarié est employé directement par Mercadona. Ce choix n’est pas un oubli stratégique. Il est au fondement de ce que l’enseigne appelle son MCT (Modèle de Qualité Totale), déployé dès les années 1990 sous l’impulsion de Juan Roig.
Ce modèle repose sur une intégration verticale poussée. Mercadona travaille avec un nombre restreint de fournisseurs exclusifs, surnommés « inter-fournisseurs » ou « totalers », qui produisent sous marque propre sur des engagements de long terme. Le groupe contrôle ainsi la chaîne de bout en bout, du cahier des charges du produit jusqu’au linéaire.
Cette architecture est, par construction, incompatible avec la franchise classique. Un franchisé indépendant ne peut pas être soumis aux mêmes exigences d’approvisionnement exclusif et de contrôle qualité qu’un magasin détenu en propre. Mercadona a fait le choix de la maîtrise plutôt que de la vitesse.
Bon à savoir :
La franchise est le levier le plus fréquent pour l’expansion internationale dans la distribution. Carrefour s’appuie sur des franchisés locaux dans de nombreux pays pour ses formats de proximité. Intermarché fonctionne en groupement de commerçants. Mercadona a choisi la voie opposée : tous les magasins en propre, aucun partenaire externe. Ce choix ralentit l’expansion mais préserve l’intégrité du modèle.
C’est précisément ce qui justifie qu’un site spécialisé dans la franchise s’intéresse à Mercadona. L’enseigne est un contre-exemple utile : elle montre ce qu’un distributeur abandonne quand il refuse la franchise, et ce qu’il gagne en retour. Pour un porteur de projet qui hésite entre intégration et franchise, l’exemple Mercadona est instructif.
Le Portugal : six ans d’expansion mesurée, un seul marché étranger
Mercadona a ouvert son premier magasin hors d’Espagne en juillet 2019, à Vila Nova de Gaia, près de Porto. Le choix du Portugal n’est pas anodin : proximité géographique, langue proche, habitudes alimentaires partiellement similaires. La prise de risque est calculée.
Fin 2024, le bilan portugais compte 60 supermarchés, un chiffre d’affaires de 1,778 milliard d’euros et un bénéfice net de 30 millions d’euros. En cinq ans, le groupe a investi 1 milliard d’euros dans ce marché, qui représente désormais 7,2 % de part de marché dans la distribution alimentaire portugaise.
En 2026-2027, Mercadona prévoit 10 nouvelles ouvertures au Portugal, dont ses premiers magasins à Lisbonne. Aucun autre marché n’est mentionné dans les communications officielles du groupe. L’expansion internationale de Mercadona reste, à ce stade, exclusivement ibérique.
La France : un marché complexe, aucun projet officiel annoncé
Mercadona n’a annoncé aucun projet d’implantation en France. Le groupe ne communique ni sur des études de faisabilité françaises, ni sur des discussions avec des partenaires locaux, ni sur un calendrier éventuel. La France n’apparaît dans aucune communication officielle de l’enseigne.
Les raisons structurelles sont multiples. La grande distribution alimentaire française est l’une des plus concurrentielles d’Europe. Leclerc, Carrefour, Intermarché, Lidl et Aldi occupent des positions très établies sur l’ensemble du territoire. Entrer sur ce marché sans franchisés pour partager le risque et financer l’expansion imposerait à Mercadona un effort capitalistique considérable.
S’y ajoute un cadre réglementaire exigeant. En France, l’ouverture de tout commerce de détail alimentaire de plus de 1 000 m² est soumise à une autorisation d’exploitation commerciale (AEC), délivrée par les commissions départementales compétentes. Ce processus est long et incertain pour un opérateur sans ancrage local.
Enfin, le modèle Mercadona repose en grande partie sur ses marques propres, développées avec des fournisseurs exclusifs espagnols. Reproduire ce tissu de partenariats sur un nouveau territoire nécessite plusieurs années de travail, sans garantie de résultat face à des acteurs locaux déjà implantés.
Bon à savoir :
De nombreux sites publient des listes de « magasins Mercadona en France ». Ces contenus ne correspondent à aucune réalité vérifiable. À ce jour, Mercadona n’exploite aucun supermarché sur le territoire français. Le magasin de l’enseigne le plus proche des frontières françaises se trouve à Irun, dans le Pays Basque espagnol, à quelques centaines de mètres du poste-frontière d’Hendaye. C’est notamment là que de nombreux résidents du Pays Basque français font régulièrement leurs courses.
Ce que le cas Mercadona enseigne sur la franchise et l’expansion internationale
L’histoire de Mercadona illustre une tension fondamentale dans la distribution : croissance rapide par la franchise, ou croissance maîtrisée par l’intégration ? L’enseigne valencienne a choisi la seconde option, et elle a bâti sur cette base l’un des bilans les plus solides du secteur alimentaire européen.
Ce choix a un coût visible : la vitesse d’expansion. Là où un réseau en franchise peut multiplier les points de vente en quelques années grâce au capital de ses franchisés, Mercadona finance chaque ouverture sur ses propres ressources. La conquête du Portugal a pris six ans pour atteindre 60 magasins. Un réseau franchisé disposant du même niveau de notoriété aurait pu en ouvrir plusieurs fois plus dans le même délai.
Les autres distributeurs étrangers qui ont pénétré le marché français, comme Lidl ou Aldi, l’ont fait sur le long terme, sans franchise non plus, mais avec des investissements massifs et des décennies de présence progressive. Mercadona n’en est pas là. Son seul marché international à ce jour reste le Portugal, où l’enseigne consolide encore sa position.
Le conseil de la Rédac’ :
Si vous cherchez à ouvrir un commerce alimentaire et que Mercadona vous inspire, regardez du côté des réseaux de supermarchés en franchise déjà présents en France : Carrefour Proximité, Vival ou Proxi proposent des modèles structurés, avec accompagnement et notoriété immédiate. La force de Mercadona, c’est son modèle intégré ; la force de la franchise, c’est sa capacité à accélérer votre lancement sans partir de zéro.
Mercadona et les Français : une fascination bien réelle, une présence encore absente
La notoriété de Mercadona en France tient à un mécanisme simple : les Français qui vivent près de la frontière espagnole, ou qui passent leurs vacances en Espagne, découvrent l’enseigne sur place. Le magasin d’Irun, à quelques mètres d’Hendaye, attire depuis des années une clientèle transfrontalière du Pays Basque français. Ce bouche-à-oreille, amplifié par les réseaux sociaux, entretient une attente diffuse.
Mais l’appétit des consommateurs ne suffit pas à déclencher une implantation. Chez Mercadona, les décisions d’expansion relèvent d’un plan stratégique centralisé, validé par la direction du groupe. Et à ce stade, la France n’y figure pas. Le groupe concentre ses efforts sur la consolidation de ses positions en Espagne et sur le développement de son deuxième marché, le Portugal.
La question « à quand des Mercadona en France ? » reste donc sans réponse officielle. Ce n’est pas un refus explicite, mais une absence de projet. Pour l’enseigne valencienne, traverser les Pyrénées sans franchisés pour l’accompagner représenterait un pari financier considérable, dans un pays où la concurrence ne laisse aucune place aux demi-mesures.
Questions fréquentes sur Mercadona en France
Non. Mercadona n’exploite aucun supermarché sur le territoire français. De nombreux sites publient des listes de « Mercadona en France » qui ne correspondent à aucune réalité. Le magasin de l’enseigne le plus proche se trouve à Irun, dans le Pays Basque espagnol, à la frontière d’Hendaye.
Non. Mercadona exploite tous ses magasins en propre et n’a jamais accordé de franchise ni de licence de marque à des tiers. Son modèle repose sur une intégration verticale totale, ce qui lui confère un contrôle strict de la qualité et des prix, mais limite considérablement la vitesse d’expansion internationale.
Aucune communication officielle de Mercadona ne mentionne un projet en France. Les priorités annoncées pour 2026 sont le Portugal (10 nouvelles ouvertures, dont les premières à Lisbonne) et le développement du e-commerce. La France ne figure dans aucun plan stratégique connu du groupe à ce jour.











