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« L’échec fait partie du jeu » : le parcours d’un ancien franchisé V and B, entre succès fulgurant et faillite

6 Min. de lecture
Un entrepreneur face aux buildings

« J’ai connu le top et le flop », résume Étienne du Fay avec une lucidité teintée d’amertume. Pendant plusieurs années, cet ancien franchisé de l’enseigne V and B (Vin et Bières) a cru vivre son rêve d’entrepreneur. D’abord avec un succès immédiat, presque grisant, puis avec une descente aux enfers qui l’a mené jusqu’au tribunal de commerce.


Aujourd’hui, il livre un témoignage rare sur les coulisses d’une faillite, les erreurs commises et la nécessité de changer le regard porté sur l’échec entrepreneurial.

L’histoire commence en 2015, à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie). Avec des associés, Étienne du Fay inaugure son premier V and B, un concept mêlant cave et bar à vins et bières. Le succès est instantané. « La première année, on a frôlé le million d’euros de chiffre d’affaires », se souvient-il. À l’époque, aucun autre point de vente du réseau n’avait démarré aussi fort. La salle est pleine, les soirées s’enchaînent, la trésorerie décolle.

« C’était grisant. J’avais l’impression d’avoir trouvé la bonne formule, d’avoir le vent dans le dos. »
L’euphorie est de courte durée. Derrière les chiffres, des tensions naissent entre associés. Vision différente, mésententes stratégiques … En 2017, après seulement deux ans, Étienne choisit de quitter l’affaire. « C’était douloureux, mais je préférais repartir de zéro plutôt que de m’enfermer dans un conflit permanent. »

Avant de repartir dans l’aventure entrepreneuriale, il prend une décision stratégique : rejoindre V and B comme salarié. « Je savais que j’allais relancer un projet, mais je voulais sécuriser mes droits au chômage. Cotiser me permettait d’avoir un filet de sécurité au moment de me lancer », explique-t-il. Débute alors une période de travail dans différents points de vente du pays. Une séquence de plusieurs mois qui lui offre une respiration et un contact direct avec le fonctionnement du réseau, avant de replonger, seul, dans le grand bain.

En 2018, il décide de relancer l’aventure, cette fois en région parisienne. Villabé, dans l’Essonne, semble alors une destination idéale :  « Sur le papier, ça cochait toutes les cases », raconte-t-il. « Le point de vente allait se situer près de l’autoroute A6, à proximité d’un magasin Ikea » indique-t-il. Mais l’équation s’avère plus fragile qu’il ne l’imagine.

Le lieu d’implantation, trouvé par le réseau, neuf, faisait partie de l’extension de la zone commerciale. Un nouveau bâtiment rendant difficile l’étude de marché et l’estimation des flux de passage, mais aussi le profil des potentiels clients habitant dans la zone.

Dès les premiers mois, il sent que l’emplacement attire moins qu’espéré. « Avec le recul, j’ai été trop confiant. J’avais l’expérience de Thonon, je pensais pouvoir reproduire la recette. Mais je n’ai pas pris le temps d’étudier finement le marché local. »

Quand arrive 2020, la crise du Covid change brutalement la donne. Comme tous les bars et restaurants, le V and B de Villabé doit fermer ses portes. « Je suis passé du bruit des soirées à un silence glaçant ».

Peu de temps après, la situation sanitaire lui permet d’ouvrir la partie magasin de son point de vente. Une période pendant laquelle il dort dans son local pour limiter ses charges. C’était un moyen de faire le plus d’économies possibles », confie-t-il.

Pour tenir, il souscrit un prêt garanti par l’État (PGE). Une bouffée d’oxygène… qui se transforme vite en poids insoutenable. « En 2021, au moment du déconfinement j’ai fait une très bonne année, mais le remboursement du PGE m’a replongé dans le rouge. Sans ça, je pouvais atteindre l’équilibre. Avec, c’était impossible. »

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S’ajoute l’inflation, qui pèse sur les marges. Les charges augmentent, les salaires doivent suivre, tandis que la clientèle se fait plus prudente. La spirale s’installe.

Étienne reconnaît aussi ses erreurs. « Je n’ai pas eu le bon accompagnement comptable. Mon expert faisait la comptabilité, mais sans jamais anticiper ni conseiller. Pour moi, un comptable doit être un copilote stratégique, pas un simple technicien. Il doit dire : attention, il faut envisager une sauvegarde, un redressement. Moi, je n’ai rien eu de tout ça. »

Son conseil aux futurs franchisés est clair : « Ne faites pas d’économie sur le comptable. C’est un poste de dépense qui rapporte. Choisissez quelqu’un qui connaît votre secteur, qui vous challenge, qui vous pousse à voir venir. »

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Étienne insiste cependant sur un point : son échec n’est en aucun cas lié au manque de soutien de l’enseigne. « V and B a toujours été là, et plutôt bienveillant. Ils m’ont même évoqué, de manière officieuse, la possibilité d’une procédure de sauvegarde judiciaire pour me préparer. Mais ils restaient à bonne distance, car en tant que franchisé, j’étais un entrepreneur indépendant. Mes comptes étaient les miens, et c’était à moi d’assumer mes décisions. Mais il était trop tard, mes comptes étaient déjà dans le rouge. »

Lorsque la trésorerie s’effondre, Étienne finit par déposer le bilan. Une étape qu’il avait toujours redoutée. « Dans mon esprit, redressement judiciaire signifiait déjà la mort annoncée. Je pensais : une fois qu’on met le doigt dedans, c’est fini. En fait, j’avais tout faux. Ces procédures sont faites pour aider, redonner de l’air, préserver l’emploi. »

Dans le cadre d’un redressement, la désignation d’un administrateur et d’un mandataire judiciaire supervisant la procédure aurait permis d’étaler les dettes de l’entreprise afin de l’aider à reconstituer une trésorerie et de se réorganiser, en collaboration avec des établissements bancaires spécialisés.

Devant les juges consulaires, il découvre un autre visage du tribunal de commerce. « C’est un moment très dur psychologiquement. Vous passez à la barre, vous avez l’impression d’être un criminel. Mais en face, j’ai trouvé des juges humains. L’un d’eux m’a dit : ne vous inquiétez pas, c’est une étape, vous allez rebondir. Ces mots, je ne les oublierai jamais. »

La faillite ne se vit pas seulement dans les chiffres. Elle se vit dans la chair, au quotidien. « Pendant le Covid, je dormais dans mon magasin pour économiser un loyer. Je me sentais au fond du trou. J’ai eu des idées noires. »

Il témoigne de la solitude extrême de l’entrepreneur en difficulté. « Quand vous êtes en dépression, vous n’arrivez plus à prendre de décisions, même les plus simples. C’est comme si tout était bouché. »

Un soutien inattendu l’aide à remonter : une association qui lui propose des séances avec un psychologue. « Au début, j’étais méfiant. Finalement, ça m’a sauvé. J’ai appris à accepter que la dépression faisait partie du chemin, qu’on pouvait s’en sortir. »

Aujourd’hui, la procédure liée à ses cautions personnelles est encore en cours. Mais Étienne du Fay a choisi de prendre la parole pour libérer un tabou. « Aux États-Unis, un entrepreneur qui a échoué est valorisé : on dit qu’il a appris. En France, l’échec reste synonyme de honte. On vous regarde comme si vous aviez fauté. Or, l’échec fait partie du jeu. Si on veut encourager les gens à entreprendre, il faut aussi leur dire : vous avez le droit de tomber. »

Il insiste : « Ce n’est pas une fin. C’est une étape. L’échec n’empêche pas de réussir demain. »

AI Summary

NOTRE RÉSUMÉ EN

5 points clés

PAR L'EXPRESS CONNECT IA

(VÉRIFIÉ PAR NOTRE RÉDACTION)

Voici un résumé en cinq points clés de l’article sur le sujet : le parcours d’un ancien franchisé V and B, entre succès fulgurant et faillite.

  • Un succès fulgurant au démarrage

    En 2015, Étienne du Fay ouvre une franchise V and B à Thonon-les-Bains avec des associés et réalise près d’1 million d’euros de chiffre d’affaires dès la première année.

  • Un nouveau projet trop confiant

    Après une parenthèse salariée, il relance l’aventure avec une nouvelle franchise V an B en 2018 à Villabé (Essonne). Mais l’emplacement mal évalué et une étude de marché insuffisante fragilisent le projet dès le départ.

  • Un enchaînement de crises

    La pandémie de Covid, le poids du remboursement du PGE et l’inflation grèvent ses finances. Malgré une bonne reprise en 2021, les dettes rendent l’équilibre impossible.

  • Des erreurs de gestion reconnues

    L’entrepreneur admet avoir négligé l’accompagnement comptable, rappelant aux futurs franchisés qu’un expert compétent doit être un copilote stratégique, et non un simple technicien.

  • L’échec comme étape et non comme fin

    Passé par le tribunal de commerce et une profonde détresse psychologique, Étienne du Fay appelle à changer le regard sur la faillite en France : l’échec fait partie du parcours entrepreneurial et ne doit pas être un tabou.

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