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Groupements : développer son commerce autrement

5 Min. de lecture
Signature d'un contrat pour illustrer le concept de groupement de commerce.

Dans les groupements de commerçants associés, les adhérents, entrepreneurs indépendants et patrons de leurs points de vente, sont aussi les dirigeants du réseau, selon le principe 1 homme/1 femme = 1 voix.


Retour sur les raisons profondes des bons chiffres récemment publiés par la fédération du commerce associé et coopératif (FCA), ainsi que sur les récents rachats d’enseignes opérés par des coopératives, avec Jean-Pierre Dry, président de la FCA, et Olivier Urrutia, son délégué général.

Comment expliquer les bons chiffres du commerce coopératif et associé en 2022… pour la 21e année consécutive ?

Olivier Urrutia : Plusieurs facteurs liés à cette forme de commerce coopératif et associé expliquent ce niveau de croissance, bien au-delà de l’inflation, en particulier pour la distribution alimentaire, et du rebond post-covid pour certains secteurs d’activité, comme l’hôtellerie de l’ordre de +50%.

Tout d’abord, la gouvernance des réseaux s’appuie de manière intrinsèque sur des décisions inspirées par l’expertise métier de dirigeants de points de vente, toujours en prise et en phase avec le terrain.

Cette fluidité entre le sommet et la base sur la stratégie à suivre, sans intermédiaire et jamais déconnectée de la réalité, confère une extrême agilité aux actions menées par des commerçants qui apportent en permanence une analyse sociologique des tendances de consommation fine et concrète.

Jean-Pierre Dry : Les récents événements ont encore prouvé cette réactivité. Dans nos enseignes, 200 à 250 commerces ont été touchés par les émeutes, en particulier dans l’optique et les pharmacies, entre dégradations légères offrant une réouverture rapide et destruction complète nécessitant plusieurs mois de travaux.

Les coopératives les ont immédiatement accompagnés à travers une gestion administrative des sinistres, des disponibilités de liquidités, une mise à disposition réactive de stock, ou encore la suspension de leurs cotisations. Cela avait déjà été le cas lors du Covid, notamment avec des aides financières ou la mise en place de dispositifs tels que le click and collect pour les enseignes n’en bénéficiait pas.

A travers la FCA, les grandes lignes ou idées évoquées lors des réunions avec le gouvernement français après les émeutes, ont été tout de suite transmises à nos enseignes adhérentes et leurs permanents, pour que ces informations leur permettent d’agir vite.

Notre fédération intervient aussi sur des problématiques sur le long terme, comme la Responsabilité Sociétale des Entreprises, thématique mise en avant dans nos séminaires et sur laquelle nous cherchons à créer une forme de baromètre pour nos enseignes.

D’autres raisons à ces très bons résultats ?

Olivier Urrutia : Si la multitude de points de vente, donne une capacité de négociation puissante par rapport aux fournisseurs, la solidarité des membres du réseau demeure essentielle au sein des groupements de commerçants. Si l’un de ses adhérents est fragilisé, tout le monde est concerné.

Les chiffres INSEE existent depuis 21 ans, mais le commerce coopératif et associé se développe avec réussite depuis 150 ans, au point de réaliser 34% du chiffre d’affaires du commerce de détails aux services.

Quelles activités, outre la distribution alimentaire, sont particulièrement en développement parmi les coopératives ?

Jean-Pierre Dry : Dans le domaine de la pharmacie, on observe deux types d’officines. Les traditionnelles, réalisent entre 1,8 et 2,5 millions de chiffre d’affaires. Celles dont la parapharmacie génère la moitié du business, d’une taille de 1 000 à 2 000 m2, et réalisent 8 à 15 millions de chiffre d’affaires.

Les nombreuses directives nationales et européennes, l’évolution du métier de pharmacien – comme la prise en charge de la vaccination pour soulager les médecins – ou encore l’adoption d’un comportement de commerçant en parapharmacie ont rendu obligatoire la formation continue des dirigeants et des collaborateurs. D’où l’intérêt d’un groupement.

De leur côté, certains opticiens, comme Atol, rapatrient la production sur le territoire national, aujourd’hui encore essentiellement orientée sur les références de luxe, ce qui conforte leur attractivité par le « fabriqué en France ». Quant aux audioprothésistes, leur activité profite actuellement d’un remboursement important par la sécurité sociale pour leur type d’appareils.

Mon objectif est de réussir à regrouper ensemble différents réseaux pour qu’ils soient plus performants auprès de leurs fournisseurs communs. J’avais, par exemple, initié un tel accord pour Passion Beauté avec un concurrent franchisé, pour des achats groupés et des livraisons séparées, assurant en contrepartie une présence des marques dans 450 magasins.

De même, l’optique pourrait regrouper les moyens financiers de ses groupements pour réindustrialiser le pays sur leur secteur et créer « une économie circulaire coopérative ».

Olivier Urrutia : On peut noter également l’arrivée, ces dernières années, de coopératives de services. Exemple : les centres d’imagerie médicale, qui ont besoin de se regrouper pour leurs achats en commun, tels que des machines à plusieurs milliers d’euros, tout en échangeant leurs expériences sur le recrutement de talents et la prise de rendez-vous des patients.

De même, les notaires ou encore les huissiers, doivent profiter de la circulation de l’information entre leurs cabinets, tout en demeurant indépendants, pour mieux faire face à des contraintes normatives et la conjoncture, en particulier l’actuelle baisse des ventes dans l’immobilier.

Pour toute enseigne du commerce coopératif et associé, la FCA, en plus de leur fédération Métier, leur propose des solutions pour mieux se développer tout en défendant leurs intérêts économiques.

Quel regard portez-vous sur les rachats récemment opérés ou en cours de négociation par des groupements sur des réseaux succursalistes ?

Jean-Pierre Dry : J’ai beaucoup de chance d’être président de la FCA au moment où ces événements simultanés arrivent. Les enseignes détiennent la puissance financière en interne pour réaliser ces opérations, selon des stratégies différentes. 

Par exemple, chaque adhérent Intermarché a choisi le magasin Casino désiré et effectue le rachat avec ses propres moyens financiers, tandis que la tête de réseau de Joué Club réalise le portage de la reprise de La Grande Récré. De son côté, Intersport a préféré maintenir la marque Go Sport pour offrir deux positionnements au consommateur.

Au-delà de rassurer les équipes des entreprises rachetées, il faudra notamment coordonner les systèmes informatiques pour réaliser des remontées du terrain correctes et bénéficier des informations en temps réel pour réagir.

Olivier Urrutia : Ces rachats sont positifs pour les collaborateurs des magasins qui pouvaient se retrouver au chômage. Ces femmes et hommes rejoignent un modèle porteur de valeurs, dans lequel l’humain n’est pas utilisé comme une variable d’ajustement pour atteindre la performance économique, mais en est véritablement le socle.

Les coopératives qui reprennent ces réseaux succursalistes seront particulièrement vigilants à l’intégration des équipes de l’enseigne et de celles présentes en points de vente à travers une réflexion en amont et un dispositif d’accompagnement déployé sur plusieurs années.

Comme l’affirmait Gérard Leclerc, vice-président d’Intersport : « Cette reprise est une grande victoire, mais le travail ne fait que commencer ! ».

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