En Turquie, Burger King et Popeyes ont le même patron. Un seul master franchisé, TAB Gıda, détient les droits des deux enseignes et les fait souvent servir dans le même local. Le client croit choisir entre deux chaînes rivales, il paie au même exploitant.
La société turque TAB Gıda a introduit Burger King dans le pays en 1995, puis Sbarro en 2006, Popeyes en 2007, Arby’s en 2010 et Subway en 2022, avant de lancer ses deux enseignes maison. Cotée à la Bourse d’Istanbul depuis octobre 2023, elle exploite aujourd’hui plus de 2 000 restaurants, dont plus de 800 Burger King et près de 500 Popeyes, et a ouvert 226 unités sur la seule année 2025.
Un seul exploitant pour les deux réseaux, et souvent une seule adresse
La conséquence se voit en rayon. Dans les galeries marchandes et sur les aires d’autoroute turques, le groupe aligne ses comptoirs côte à côte, Burger King et Popeyes en tête, parfois avec trois ou quatre autres de ses marques. À Ankara, un seul site en réunit sept.
Aucun arbitrage à faire pour l’exploitant : qu’un client prenne un burger ou du poulet frit, le chiffre d’affaires reste dans la même maison. Une logique impossible à reproduire dans la plupart des franchises de fast-food européennes, où chaque enseigne a son opérateur.
Deux rivaux apparents qui appartiennent au même groupe depuis 2017
La cohabitation surprend moins quand on remonte au capital. Le 21 février 2017, Restaurant Brands International, déjà propriétaire de Burger King et de Tim Hortons, a annoncé le rachat de Popeyes pour 1,8 milliard de dollars. Les deux enseignes que le consommateur turc voit se faire face ont donc le même actionnaire.
Pour le groupe américain, ce voisinage n’est pas un accident mais une méthode. Il partage le loyer, la cuisine et le personnel entre deux catégories complémentaires, le burger et le poulet frit, et étale les heures de forte affluence sur une plage plus large.
Une plateforme de commande et un abattoir communs aux sept marques
La mutualisation ne s’arrête pas aux murs. TAB Gıda a bâti sa propre plateforme de commande en ligne, où l’on remplit un même panier chez plusieurs de ses enseignes, et transforme la viande de tous ses réseaux dans son usine d’Amasya.
Cette intégration explique la vitesse d’ouverture du groupe. Elle explique aussi pourquoi le modèle reste rare : il suppose de détenir les droits nationaux de plusieurs enseignes à la fois, donc une surface financière que peu d’opérateurs atteignent.
En France, le voisinage existe, mais jamais le même exploitant
Le lecteur français connaît le principe sous une autre forme. Grand Frais et Marie Blachère construisent souvent ensemble, parkings et accès compris, et se partagent un même flux de clients. Mais ce sont deux sociétés distinctes, deux équipes, deux tickets de caisse, et le groupe Blachère attaque désormais Grand Frais sur les fruits et légumes avec Mangeons Frais.
Sur le fast-food, l’écart est encore plus net. Burger King France est développé par Bertrand Franchise, avec environ 600 restaurants tenus à 90 % par des franchisés, quand Popeyes France avance seul, avec une vingtaine d’adresses et un objectif de 300 d’ici 2032. Tant que les deux réseaux restent portés par des opérateurs différents, aucun candidat aux franchises de burger ne pourra monter ici le comptoir double turc.











