Le réseau Dessange s’attend à voir une cinquantaine de ses salons changer de mains dans les cinq prochaines années. Pour préparer ces départs, le franchiseur mise sur ses propres managers et ses franchisés déjà en place, et s’invite dans la négociation du prix de cession pour éviter que le repreneur démarre trop endetté.
Dessange compte 183 salons en France. À l’échelle du groupe, Dessange International revendique plus de 1 100 salons dans plus de 35 pays sous les marques Dessange, Camille Albane et Fantastic Sams, exploités à 98 % en franchise. Le réseau français, né dans les années 1970, arrive à l’âge où une partie de ses exploitants historiques prépare sa sortie, au moment où ouvrir un salon de coiffure coûte plus cher que jamais. Sur les douze derniers mois, le groupe a accompagné 23 reprises de salons Dessange et Camille Albane.
Dix-neuf reprises sur vingt-trois sont venues de l’intérieur du réseau
Le chiffre est le plus parlant du dossier. Sur les 23 salons transmis en un an, quatre seulement sont partis à des candidats extérieurs. Les 19 autres ont été repris par des collaborateurs du salon ou par des franchisés déjà membres du réseau, soit plus de 80 % de reprises internes.
Il refuse d’opposer transmission et ouvertures : « le renouvellement des contrats est aussi la démonstration de la santé du réseau », ajoute-t-il dans le même entretien.
Le réseau fait nettement mieux que la moyenne de la franchise française
Ces 80 % de reprises internes sortent de l’ordinaire. La 22e Enquête annuelle de la Franchise Banque Populaire, menée avec la Fédération française de la franchise et Kantar, publiée en juin 2026, donne une répartition très différente pour l’ensemble des secteurs.
Parmi les franchisés qui envisagent de céder, 30 % pensent à un autre franchisé du réseau, 28 % à un repreneur externe, 23 % à un proche ou à un salarié. Surtout, 65 % des têtes de réseau disent rencontrer des difficultés de transmission, le premier frein cité étant le manque de candidats, à 64 %. Reprendre un salon revient pourtant à signer le même contrat de franchise qu’un créateur, avec un fonds de commerce à financer en plus, alors que le financement reste un obstacle majeur à la transmission.
Des reprises massivement internes chez Dessange
Sur les 23 salons Dessange et Camille Albane transmis en un an, 19 sont allés à un collaborateur du salon ou à un franchisé déjà présent dans le réseau. Quatre seulement ont trouvé un repreneur extérieur. (Sources : Républik Retail, septembre 2026 ; Enquête annuelle de la Franchise Banque Populaire, juin 2026)
Le franchiseur s’invite dans la négociation du prix de cession
Trouver un repreneur ne suffit pas. Encore faut-il que l’opération tienne debout économiquement, et le niveau de risque dépend directement du prix payé pour le fonds de commerce. Dessange assume donc un rôle de médiateur entre le cédant et son successeur, et dit être déjà intervenu quand le prix demandé lui paraissait trop élevé.
L’équation s’est durcie pour une autre raison : hausse des loyers et des charges, poids de la masse salariale, difficultés de recrutement et fréquentation moins régulière des salons. Le profil recherché a changé en conséquence, comme dans beaucoup de franchises spécialisées dans la beauté et le bien-être. Un excellent professionnel de la coiffure ne suffit plus, il faut savoir lire ses indicateurs et tenir ses coûts.
Un secteur sous tension et une transmission encore trop peu anticipée
La coiffure est le deuxième secteur de l’artisanat français en nombre d’entreprises, avec 111 200 établissements et 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, selon l’UNEC sur données 2024. L’emploi salarié y recule pourtant de 3 % sur un an, et le nombre d’apprentis de 3,5 %, d’après l’Institut supérieur des métiers.
Dessange qualifie lui-même sa démarche actuelle de « transmission passive » : les repreneurs se présentent, le réseau les accompagne. Xavier Detruit annonce vouloir passer à l’identification anticipée des futurs repreneurs et à la formation des managers. Un troisième levier est cité, la multi-franchise, en rappelant que Jacques Dessange s’était appuyé sur des multi-franchisés régionaux pour bâtir l’enseigne. Le sujet sera débattu aux Retail Days d’automne, les 5 et 6 octobre 2026 à Deauville.











