La coopérative Coop Normandie Picardie, exclue du réseau U après dix-sept ans de partenariat, vient d’obtenir six mois de plus avant de rendre son enseigne. L’échéance passe du 30 septembre 2026 au 31 mars 2027, et des négociations sont en cours pour faire basculer ses neuf magasins sous un autre pavillon.
Fondée en 1919, installée au Grand-Quevilly près de Rouen, Coop Normandie Picardie fait partie des trois dernières coopératives régionales de consommateurs encore actives dans la grande distribution française, un statut que peu de candidats distinguent des autres types de commerces organisés. Elle exploite neuf magasins sous enseignes U Express, Super U et Utile, dont sept en Seine-Maritime, un dans l’Eure et un dans la Somme, emploie 182 salariés et rassemble plus de 5 200 sociétaires. Le Groupement U Nord-Ouest lui a notifié son exclusion le 18 mai 2026, décision confirmée par son assemblée générale du 22 juin.
Six mois de plus pour quitter un réseau rejoint en 2009
La coopérative avait adhéré au Système U au 1er janvier 2009, un choix que fait tout indépendant qui veut ouvrir un supermarché sans partir seul. Dix-sept ans plus tard, elle doit préparer sa sortie. Le calendrier initial lui laissait trois mois pour tout réorganiser, ce que son dirigeant jugeait intenable.
La médiation acceptée par le groupement a débouché sur ce report, que la coopérative a annoncé à ses sociétaires début août.
Des loyers de location-gérance à 7 ou 8 % du chiffre d’affaires
Le litige porte d’abord sur l’immobilier. Coopérative U est le principal bailleur de la coopérative, qui exploite plusieurs de ses magasins en location-gérance. Les négociations amiables engagées dès 2022, puis une conciliation en 2023, n’ont pas suffi.
« On a eu des loyers qui s’élevaient à 7 %, voire 8 %, du chiffre d’affaires, alors qu’une moyenne raisonnable serait de l’ordre de 2 % », expliquait Ralph Binginot au Journal des Entreprises en mai 2026. La coopérative a été placée sous procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce de Rouen en mai 2025. Le plan a été validé le 26 mai 2026, sans cession de magasin ni suppression d’emploi, avec l’approbation de 94 % des créanciers chirographaires. Coopérative U a été le seul opposant.
Le groupement justifie sa décision autrement. Il invoque « des manquements graves et répétés » ayant entraîné « une altération irréversible de la relation de confiance », selon son communiqué repris par France 3 Normandie en juin 2026.
Quatre-vingts pour cent des approvisionnements à retrouver ailleurs
Sortir d’un groupement d’indépendants ne se limite pas à décrocher une enseigne. Comme dans la plupart des franchises alimentaires, la coopérative perd l’accès à la centrale d’achat, qui couvre environ 80 % de ses approvisionnements, le droit d’usage de la marque, et les prestations informatiques du réseau, systèmes d’encaissement compris.
C’est précisément ce que mesure tout candidat qui étudie un contrat de franchise avant de signer : la dépendance opérationnelle construite pendant la durée du partenariat se paie au moment de la rupture. Les six mois supplémentaires servent à négocier le raccordement à une nouvelle centrale avant de changer les façades.
Un pavillon à trouver avant le printemps 2027
Aucune enseigne n’est officiellement nommée à ce jour. Ni la coopérative, ni le groupement, ni la presse économique régionale n’ont confirmé de repreneur, et le format des neuf points de vente, majoritairement de la proximité et du supermarché, les rend compatibles avec plusieurs réseaux de franchises de supermarché et hypermarché.
En parallèle, la coopérative continue d’animer son sociétariat. Elle a lancé le 21 septembre 2026, avec la plateforme française Paymium, un dispositif de cashback en bitcoin de 2 % des achats réservé à ses sociétaires, présenté comme une première dans la grande distribution française. Le nom du futur pavillon, lui, devrait tomber avant l’échéance du 31 mars 2027.











