Coûts de l’énergie : l’impact sur les réseaux de franchise

Coût de l'énergie : l'impact sur les réseaux de franchise

Plusieurs secteurs souffrent de la hausse des coûts de l’énergie. Les réseaux de franchise ne sont pas épargnés mais ils tentent de limiter la casse.


Des factures d’électricité multipliées par trois, voire quatre ou cinq ! Au même titre que les indépendants du secteur, les réseaux de boulangeries paient au prix fort la hausse des tarifs de l’énergie. Le réseau Feuillette, 53 boulangeries, a ainsi calculé que le surcoût global serait équivalent à un million d’euros en 2023 pour ses boutiques. « Par magasin, cela représente 20 000 euros en plus  » estime Eric Allaigre, le directeur financier de l’enseigne. Même cri d’alarme au sein de la Mie Câline qui exploite 225 points de vente en franchise. « En moyenne, la facture d’électricité des établissements du réseau est passée de 15 000 euros par an à 50 000 euros. Pour certains franchisés, le coût de l’énergie est devenu en quelques mois un poste de charges aussi élevé que les loyers » déplore David Giraudeau, directeur général de l’enseigne.

En cause, les fours, bien sûr, mais aussi les zones de stockage, très énergivores. « Nos points de vente ont des surfaces moyennes comprises entre 450 et 500 m2. Ils fonctionnent dès 4 heures du matin avec la fabrication et ferment à 20h, 365 jours par an. En termes de consommation, cela représente une consommation par magasin de 400 mégawatt-heures par an, soit environ 70 000 euros de coût de fonctionnement énergétique » ajoute Eric Allaigre. 

De nombreuses activités à la peine

Les boulangeries ne sont pas les seules à souffrir. D’autres secteurs et activités franchisées sont fortement impactés. Dans une interview accordée à France Info, Patrick Mazerot, directeur général de l’AppartFitness (120 clubs dont 60 en franchise) a indiqué que les factures de ses centres étaient elles aussi passées de 10 000 à 50 000 euros en l’espace de deux ans.

Ecomiam, enseigne spécialisée dans la vente de surgelés, subit elle aussi les hausses, du fait de son activité gourmande en énergie. « Chaque magasin – 200 m2 en moyenne- fonctionne avec une chambre froide et une trentaine de bacs congélateurs qui doivent rester à une température de -24 degrés »  souligne Pierre Fraignac, directeur général adjoint du réseau.

Toutes les activités qui nécessitent du matériel (fours, chambres froides, équipement sportif…), de la production ou du stockage (boulangerie, restauration, supérette..), voire de l’accueil clients (salles de sport), sont en fait impactées par la flambée des tarifs énergétiques.

Les franchiseurs à la rescousse de leur troupe

En réaction, les réseaux se sont mis en ordre de marche avec la création d’outils d’assistance. « C’est le rôle d’une enseigne : proposer des solutions à ses membres » rappelle Pierre Fraignac d’Ecomiam. Le réseau de surgelés recommande ainsi à ses affiliés quelques gestes de bon sens pour réduire la consommation d’énergie : éteindre les enseignes lumineuses le soir, changer les joints des congélateurs pour éviter les pertes d’air froid…

La Mie Câline détaille quant à elle sur son réseau social interne les dispositifs d’aide proposés par l’Etat (remboursement partiel des factures, amortisseur électricité…) ainsi que les bonnes pratiques à mettre en œuvre (éco-gestes, installation d’interrupteur automatique…) . « Nous avons également référencé un cabinet conseil spécialisé en énergie : il aide les franchisés à faire un diagnostic de leur contrat d’énergie, et éventuellement, à en changer. Libres à eux de faire appel à ce prestataire extérieur s’ils le désirent » explique David Giraudeau qui précise que 60 % des franchisés du réseau ont fait une demande auprès de Bercy pour bénéficier de l’Amortisseur électricité.

Chez Feuillette, l’assistance aux franchisés porte principalement sur les contrats conclus avec les fournisseurs. Un casse-tête tant les conditions diffèrent selon les fournisseurs, les dates de souscription et les tarifs, jaunes, bleus, réglementés ou non. « La tête de réseau a signé un contrat cadre avec EDF début 2022 qui permet de sécuriser le prix d’achat de l’électricité pendant 24 mois. Nous le proposons aux franchisés pour qu’ils bénéficient de tarifs plus intéressants » indique Eric Allaigne. Pour l’heure, 44 sites ont basculé sur ce contrat, évitant des hausses foudroyantes de leurs factures.

Un difficile équilibre économique

Si ces actions permettent de limiter la casse et de réaliser des économies, mathématiquement, le compte n’y est pas. Que ce soit dans la restauration, la grande distribution, les commerces spécialisés… les réseaux redoutent de devoir geler l’ouverture de nouveaux points de vente ou pire, de fermer des magasins. Fin 2022, la Fédération française de la franchise s’était alarmée de la situation en appelant le gouvernement à réagir. Les nouveaux dispositifs mis en place début 2023 (tarif de l’électricité limité 280 € / MWh  en 2023 pour les TPE, guichet d’aide au paiement…) devraient aider mais en attendant, les réseaux n’ont pas le choix. Ils compensent tant bien que mal et réajustent bien souvent à la hausse les prix de leurs produits ou de leurs services.

Chez Ecomiam par exemple, la répercussion s’est globalement traduite par une augmentation de 15 % des tarifs en magasin. « L’énergie n’est pas la seule en cause. Les coûts des matières premières et du transport ont eux aussi flambé. Toutes ces augmentations nous ont obligé à réajuster notre politique de prix en magasin » souligne Pierre Fraignac.

Pas mieux dans les salles de sport où les tarifs des abonnements augmentent eux aussi. Selon Patrick Mazerot de l’AppartFitness, il faudrait que le réseau arrive à baisser de 20 % sa consommation d’énergie et à augmenter les tarifs de 10 %, pour qu’il n’y ait pas plus de pertes. Une équation subtile entre équilibre économique et inflation qui pèse de plus en plus sur les consommateurs.

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