Maisons du Monde annonce une perte nette de 406 millions d’euros pour l’exercice 2025 et la signature d’un protocole de refinancement avec deux fonds d’investissement britanniques, Alteri Investors et Eicos Investment Group. L’opération, si elle aboutit, diluera massivement les actionnaires actuels, qui ne conserveront que 4,78 % du capital. Sans accord, le groupe reconnaît lui-même que sa valeur liquidative est « proche de zéro ».
Le groupe nantais de mobilier et de décoration, coté sur Euronext Paris, publie ce 19 juin 2026 ses comptes annuels avec plusieurs mois de retard, faute d’accord de refinancement. L’incertitude est désormais levée : un protocole de conciliation a été signé le 18 juin avec un consortium de nouveaux investisseurs et les banques du groupe. Maisons du Monde exploite 328 magasins dans 9 pays européens, dont 19 en affiliation, et réalise plus de 947 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Une perte de 406 millions d’euros, majoritairement non-cash
Le résultat net 2025 s’établit à -405,9 millions d’euros, contre -115,3 millions d’euros en 2024. Le groupe précise toutefois que l’essentiel de cette dégradation est comptable : 296 millions d’euros correspondent à des dépréciations non-cash, dont l’intégralité du goodwill historique (246 M€) et une partie de la marque (50 M€). À ces montants s’ajoutent 52 millions d’euros de dépréciation sur l’entrepôt du Nord, liée à la réorganisation logistique. L’impact réel sur la trésorerie est donc limité.
Sur le plan opérationnel, le tableau est plus nuancé. Les ventes reculent de 5,4 % à 947,3 millions d’euros, mais le second semestre affiche une nette stabilisation (-1 % vs -10 % au premier semestre). La marge brute reste résiliente à 63,1 %, et le groupe revendique 45 millions d’euros d’économies brutes de coûts. Les ventes en ligne chutent de 10,5 %, quand les magasins physiques résistent mieux (-3,5 %).
Résultat net 2025 de Maisons du Monde, dont 296 M€ de dépréciations comptables sans impact sur la trésorerie du groupe.

Deux fonds britanniques reprennent le contrôle à hauteur de 95 %
Le protocole de conciliation prévoit une refonte complète de la structure financière. Le consortium composé d’Alteri Investors (fonds spécialisé dans le retail européen, fondé en 2014) et d’Eicos Investment Group (gestionnaire d’actifs alternatifs, fondé en 2021, tous deux basés à Londres) rachètera 210,9 millions d’euros de dette bancaire auprès des banques du groupe (pour 7 centimes par euro) et la convertira en capital.
Cette conversion se fera via une augmentation de capital réservée au Consortium, au prix de 0,28 euro par action, soit une décote de 36 % sur le cours de clôture du 15 juin 2026. À l’issue de l’opération, le Consortium détiendrait environ 95,2 % du capital et 95,3 % des droits de vote. Les actionnaires actuels ne conserveraient que 4,78 % du capital. Le Consortium a indiqué ne pas envisager de retrait de la cote dans les douze mois suivant la réalisation.
Par ailleurs, le Consortium apporte 33 millions d’euros de nouveaux financements sous forme obligataire, et rachète les créances des banques non-participantes pour au moins 12,7 millions d’euros supplémentaires. Un moratoire sur les échéances fiscales et sociales a également été demandé.
Un calendrier serré : AG le 27 juillet, deadline le 15 septembre
L’opération reste soumise à plusieurs conditions suspensives. En premier lieu, l’homologation du protocole de conciliation par le tribunal de commerce spécialisé de Nantes. Ensuite, l’approbation des résolutions par une assemblée générale extraordinaire, convoquée pour le 27 juillet 2026. Le Consortium a déjà sécurisé des engagements de vote représentant 63,5 % des droits de vote auprès de trois actionnaires principaux.
La date limite de réalisation est fixée au 15 septembre 2026. En cas d’échec (rejet par l’AG, non-homologation ou non-réalisation des conditions), le groupe serait contraint d’ouvrir une procédure de redressement judiciaire. Le communiqué est sans ambiguïté : la valeur liquidative du groupe est « actuellement estimée proche de zéro », ce qui entraînerait « très certainement » la perte totale de l’investissement pour les actionnaires actuels.
Ce que cela change pour le réseau de franchisés et affiliés
Au-delà de la dimension financière, l’opération engage l’avenir de 328 magasins répartis dans 9 pays européens, dont 19 exploités en affiliation. Le communiqué indique que le Consortium a élaboré un nouveau plan d’affaires avec la direction, mais son contenu n’est pas rendu public à ce stade. Pour les partenaires affiliés et les candidats à la franchise, la question de la continuité du concept et des conditions contractuelles reste ouverte en attendant la finalisation du refinancement.
Le premier trimestre 2026 apporte un signal encourageant : les ventes reculent de 2,8 % à périmètre comparable (-0,2 % pour les seuls magasins physiques), avec un trafic en hausse de 2 % et un NPS en progression à 62 points. La marque conserve une notoriété solide en Europe du Sud notamment, où la performance reste positive.
Bon à savoir :
Alteri Investors est un fonds de capital-investissement britannique fondé en 2014, spécialisé exclusivement dans le commerce de détail en Europe. Il a notamment accompagné des enseignes en difficulté dans plusieurs marchés européens. Eicos Investment Group est une société de gestion d’actifs alternatifs fondée en 2021, également basée à Londres. Ni l’un ni l’autre ne détenait d’actions de Maisons du Monde avant l’annonce.











