Carrefour s’apprête à confier ses rayons fruits et légumes à Marie Blachère dans deux hypermarchés marseillais dès fin juin 2026. Les sites du Merlan et de Port-de-Bouc, tous deux exploités en location-gérance, inaugurent un modèle de concession que le distributeur ambitionne de déployer dans 200 magasins à terme. Les contours du partenariat sont désormais connus.
Le 18 février 2026, le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, annonçait vouloir accélérer sur les produits frais. L’un des axes retenus : s’appuyer sur l’expertise du groupe Blachère pour gérer les rayons fruits et légumes de ses supermarchés et hypermarchés. L’enseigne Mangeons Frais, qui opère aux côtés de Provenc’Halles et réalise collectivement 300 millions d’euros de chiffre d’affaires, héritera de ce nouveau rôle. Quatre mois plus tard, les deux premiers sites-tests et les termes du contrat sont enfin connus.
Le Merlan et Port-de-Bouc : les deux hypermarchés marseillais choisis pour le test
Les travaux de refonte du rayon fruits et légumes de l’hypermarché Carrefour Le Merlan, implanté dans les quartiers Nord de Marseille sur 10 000 m² de surface de vente, devraient démarrer le 16 juin. L’ouverture sous enseigne Mangeons Frais est prévue pour le 25 juin 2026. Dans le même temps, un second site à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône, 5 000 m²) se prêtera au même exercice. Les deux établissements sont exploités en location-gérance, un statut qui concerne aujourd’hui un tiers des hypermarchés Carrefour.
Une redevance de 10 % du CA et des salariés mis à disposition de Cedisprim
Le modèle retenu repose sur un contrat de concession d’un an renouvelable entre Carrefour et Cedisprim, filiale du groupe Blachère. Les salariés concernés (une dizaine au Merlan, quatre à Port-de-Bouc) restent dans les effectifs de leur magasin et continuent d’être rémunérés par Carrefour, qui refacture ensuite les salaires à Cedisprim. La filiale de Marie Blachère verse en retour une redevance équivalant à 10 % du chiffre d’affaires du rayon. Au Merlan, ce rayon pèse actuellement 2,9 millions d’euros par an.
Cedisprim prend la main sur l’approvisionnement, la mise en rayon, la politique commerciale et les règles d’hygiène. « Carrefour a trouvé une manière d’externaliser une partie de la masse salariale », estime une source interne au groupe. Un manager Cedisprim, affecté à temps partiel, fixerait les plannings et distribuerait les tâches au sein du rayon.
redevance versée par Cedisprim (filiale groupe Blachère) à Carrefour sur le chiffre d’affaires du rayon fruits et légumes concédé. Le contrat est d’un an renouvelable.

Location-gérance : un terrain d’expérimentation choisi avec soin
Le choix de deux hypermarchés en location-gérance n’est pas anodin. Le Merlan a basculé sous ce statut en juillet 2024 ; Port-de-Bouc était géré par le groupe marocain LabelVie pendant cinq ans avant que celui-ci ne jette l’éponge il y a deux mois. Ces établissements offrent davantage de souplesse pour expérimenter de nouveaux modèles.
Le Merlan reste cependant un site sous tension : 65 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 pour 10 000 m², avec un résultat en territoire négatif (4,5 millions d’euros de perte). Carrefour espère que l’expertise de Mangeons Frais redressera la performance du rayon et rejaillira sur la fréquentation globale.
Les termes du partenariat :
Contrat de concession d’un an renouvelable entre Carrefour et Cedisprim. Salariés : statut Carrefour conservé, mis à disposition de Cedisprim sur la base du volontariat. Redevance : 10 % du CA du rayon. Cedisprim gère : approvisionnement, mise en rayon, politique commerciale, hygiène. Prix et qualité encadrés par Carrefour.
Cap sur 200 magasins, un déploiement scruté par les syndicats
L’objectif de Carrefour est d’étendre ce modèle à 200 magasins en France. Mais le verdict des deux tests marseillais conditionnera la suite. Des syndicats restent vigilants : au Merlan, une expertise a été demandée. Leur principale inquiétude porte sur la double ligne managériale, avec un référent Carrefour et un manager Cedisprim présents simultanément sur le rayon.
Les premières ouvertures, prévues autour du 25 juin 2026, permettront de mesurer si le modèle convainc autant sur le terrain que dans les tableaux de bord. Pour Marie Blachère, ce partenariat représente un levier de croissance inédit : sans ouvrir de nouveaux magasins en propre, le groupe s’installe dans des centaines de points de vente existants.











