Le modèle de la location-gérance : de quoi parle-t-on ?

Deux pancartes pour illustrer le modèle de la location-gérance.

Avec le système de location-gérance, le commerçant n’est pas propriétaire du fonds de commerce. Il l’exploite pour le compte du franchiseur qui est le propriétaire loueur pendant une durée déterminée. Explications.


« Je n’aurais pas pu me lancer à mon compte sans ce tremplin ». Depuis 2017, Priscilla Airale est franchisée Heytens (rideaux et stores sur mesure) à Marseille. C’est grâce au système de location-gérance que propose le réseau que cette ancienne salariée d’un cabinet d’architecte a pu se lancer. « Je n’avais pas d’apport personnel, que peu d’expérience et je n’étais pas rassurée de me lancer seule » explique-t-elle.

Les avantages de la location-gérance

Le plus grand avantage de la location-gérance ? Réduire les investissements de départ. Priscilla a bénéficié de l’accompagnement du réseau et n’a eu que 10 000€ à investir au lieu des 150 000 € d’investissement global nécessaire pour rejoindre l’enseigne. « Le franchisé en location gérance n’a que 20 à 30 000€ à investir pour l’agencement du magasin, l’achat de mobilier et du matériel informatique et l’équipement des véhicules. Une somme qui peut être étalée sur plusieurs mois » détaille Sylvaine Poyé, chargée de développement réseau franchise chez Heytens. « Le principe permet de rendre accessible la franchise, notamment pour des candidats qui n’auraient pas d’apport personnel. Cela permet d’alléger le coût d’entrée et de mieux répartir les investissements de départ » confirme Sylvain Bartolomeu, président et directeur général associé du cabinet Franchise Management. Le réseau Heytens, qui compte 90% de femmes, souhaite par le biais de ce modèle lever l’un des freins principaux des femmes : l’accès au financement. « C’est assez anxiogène pour une femme et plus compliqué d’obtenir des prêts, constate Sylvaine Poyé. Cela leur permet de démarrer plus sereinement ». 

Ne pas tomber dans les pièges de la location-gérance

« Le système de la location-gérance, qui a bien fonctionné dans l’hôtellerie restauration où les coûts immobiliers sont très importants, se généralise aujourd’hui avec de plus en plus d’enseignes qui le pratiquent » note Sylvain Bartolomeu. Si le modèle est un vrai sujet de réflexion dans nombre d’enseignes avec « des conditions de financement plus dures, des taux d’intérêt qui remontent et des candidats plus regardants sur leur investissement, liste Sylvain Bartolomeu, il y a eu des dérives dans son utilisation. Certains réseaux en usaient pour créer de la dépendance avec les franchisés. D’autres modèles de location-gérance n’ont pas bien fonctionné car les coûts pour les locataires-gérants étaient trop importants. Il faut que le système soit bien équilibré et permette au franchisé de bien vivre ».

Car si tout ce qui est inhérent au local est en général pris en charge par le franchiseur –investissements et travaux de gros oeuvre–, en contrepartie, la location gérance a un coût. Priscilla Airale doit ainsi verser une redevance équivalente à 3% de son chiffre d’affaires chaque mois en plus de la redevance mensuelle de 5% de chiffre d’affaires liée au contrat de franchise. Cette contrepartie financière peut prendre différentes formes : redevance indexée sur le niveau d’activité ou versement d’un loyer plus important que le simple bail commercial. « Il n’y a pas de règle mais beaucoup de pratiques différentes » confirme Sylvain Bartolomeu. Il met néanmoins en garde les réseaux : « Il faut penser le contrat de location-gérance dans l’intérêt du franchisé qui doit pouvoir demain acquérir le fonds de commerce ».

Location-gérance : un modèle qui doit rester transitoire

La bonne pratique de ce modèle facilité par la loi du 19 juillet 2019 consiste en une location-gérance transitoire qui permet au locataire-gérant de racheter le fonds de commerce à terme pour qu’il devienne ensuite franchisé à part entière. Ainsi, qu’après une ou deux années d’activités, le franchiseur propose au franchisé de reprendre le fonds de commerce à son compte à un prix convenu ou à négocier. C’est ce que pratique le réseau Heytens. « La location gérance ne doit durer qu’un temps. Au bout d’un ou deux exercices, quand ils peuvent démontrer que leur activité est rentable, le but est que les franchisés rachètent le fonds de commerce. Il sera alors plus facile de démarcher les banques pour emprunter » explique Sylvaine Poyé. Priscilla Airale vient ainsi de racheter le fonds de commerce de Marseille pour un montant de 180 000€. Après avoir exploité son commerce pendant deux ans, la jeune entrepreneure de 34 ans a pu montrer patte blanche aux banques avec de bons bilans financiers à l’appui. Résultat, la banque a financé 100% de son prêt.

La location-gérance présente un double avantage pour les réseaux : ne pas passer à côté de certains profils, « suivre une stratégie de conservation de son parc immobilier et amortir les locaux sur du plus long terme » ajoute Sylvain Bartolomeu. Le réseau s’assure ainsi des emplacements stratégiques dont les franchisés seuls pourraient avoir du mal à se saisir. Ce que confirme Priscilla Airale qui est devenue fin juin multi-franchisée, exploitant un nouveau magasin, également en location-gérance, à La Valette du Var près de Toulon : « L’immobilier professionnel est très craintif des candidats qui cherchent à s’installer. Quand j’ai visité le local, il était hors de question pour l’agent immobilier que je prenne le bail à mon nom : le nom du franchiseur crée plus d’assurance quand vous démarchez des bailleurs ».

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