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« Il faut rester attentif aux signaux faibles »

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Laurence Pottier-Caudron Temporis

Laurence Pottier-Caudron, dirigeante du réseau de franchise Temporis, revient sur son beau et long parcours.


Comment vous êtes-vous retrouvée dans le secteur du travail temporaire, après deux expériences commerciales réussies chez Danone et la Redoute ?

Laurence Pottier-Caudron : J’ai découvert ce métier en tant qu’utilisatrice de ses prestations chez La Redoute.

Il possédait tous les ingrédients que j’aime : un commerce avec beaucoup de relationnel, un management permanent, un lien particulier à entretenir avec les intérimaires, et du sens donné au métier, en étant le coup de pouce permettant à des personnes de trouver du travail.

Dans le monde professionnel, les compétences ne sont pas suffisantes : mon moteur a toujours été de rechercher d’abord du plaisir et du sens, pour ne finalement jamais avoir le sentiment de travailler et être fière des produits et services que je vends.

On ne peut être performante que si l’on aime ce que l’on fait. C’est ce que j’encourage autour de moi : s’appuyer sur ses points forts plutôt que sur ses points d’amélioration, capitaliser pour passer de « bon » à « très bon », voire « excellent » dans un domaine.

Comment est né le concept Temporis ?

L.P.C : Après Danone et La Redoute, j’ai intégré la croissance externe d’Adecco. J’ai pris la direction d’une agence qui venait d’être rachetée par le groupe dans laquelle, en l’absence de cadre, tout était à reconstruire. Après seulement deux jours de formation, quand aujourd’hui je propose 3 semaines de théorie et deux semaines de pratique à mes franchisés, j’ai relancé cette agence. 

Nous passions du temps avec les intérimaires. Nous organisions un pot dans nos locaux tous les vendredis après-midi. Les intérimaires étaient de plus en plus nombreux. C’est devenu un lieu de vie, avec des tables rondes que nous avons achetées pour mettre à l’accueil, afin que chacun puisse venir boire un café ou lire le journal. J’étais déjà sensibilisée en 2000 à ce que l’on nomme aujourd’hui « l’expérience client ».

Les intérimaires avaient finalement le sentiment de travailler pour nous, et nous renseignaient sur de nouvelles missions à pourvoir. Ainsi sont nées les premières composantes du concept Temporis, lequel considère tout autant le client Intérimaire que le client Entreprise.

Et côté client Entreprise ?

L.P.C : Comme pour la fidélisation des intérimaires, j’ai travaillé à l’instinct. Je voulais absolument que des entreprises de belle réputation travaillent avec nous, de façon à être en mesure d’offrir de belles missions à nos intérimaires. Nous sommes souvent partis des aptitudes recherchées pour un poste plutôt que des habitudes de recrutement qu’avaient les entreprises, pour leur apporter un service différent et performant. Il faut penser à l’extérieur du cadre, dit-on aujourd’hui. Cela m’a toujours bien plu, et même tenu à cœur, de combattre les a priori et de changer les croyances.

Vous avez travaillé avec Charles Seroude, qui a « importé » la franchise en France, dans les années 70. Quel principe intangible du système de franchise vous a-t-il transmis ?

L.P.C : Le travail temporaire n’existait alors pas en franchise. Pourquoi personne ne l’avait fait ? Quels en étaient les freins ? Nous avons rencontré Charles Seroude avant même de créer la première agence. Cet expert de la franchise nous a accompagné durant une dizaine de journées. Parallèlement au lancement de l’agence pilote de Brive, nous écrivions le manuel opérationnel pour modéliser le concept. 

C’était en fait une double création d’entreprise : réussir la création du pilote et préparer le futur réseau de franchise ! Charles Seroude nous a par exemple appris le signe « multiplié par » : dès que l’on prend une décision pour un réseau, il faut multiplier le résultat, qu’il soit bon ou mauvais, par le nombre d’agences. En clair : ce que j’accorde à un franchisé, est-ce que je peux le faire pour tous les autres franchisés ? Cette prise de conscience est omniprésente dans chacune de mes décisions.

On peut naturellement avoir très envie d’accorder un « privilège » à un franchisé, mais si l’on sait qu’il serait impossible de le faire à l’ensemble du réseau, mieux vaut renoncer. 

Comment avez-vous eu l’idée de lancer les opérations « Temporis Première », avec quel effet pour votre réseau ?

L.P.C : « Temporis Première » est une opération commerciale de lancement à l’ouverture de chacune des agences du réseau. Durant une même journée, 10 à 20 membres du réseau prospectent la zone d’implantation d’un nouveau franchisé.

Constitués en binômes équilibrés, une personne aguerrie étant associé à une autre moins expérimentée, ils réalisent chacun 15 à 20 visites de prospects. Ils reviennent avec un ciblage précis des entreprises, et le plus souvent, avec des accords de placements actifs d’intérimaires. Avec 120 à 200 entreprises rencontrées, cette journée équivaut au travail de prospection d’un mois à un mois et demi d’un franchisé.

Nos franchisés se sont approprié cette opération au point de la renouveler pour l’ouverture d’agences supplémentaires, voire créer des « Temporis Deuxième », « Temporis Troisième »… Ils participent d’autant plus aux opérations de leurs confrères qu’eux-mêmes en ont bénéficié : quand on reçoit un tel avantage, on le redonne. 

Vous avez créé « l’Université de saison », un concept de réunion qui rassemble un membre de chaque service de Valoris* afin d’échanger avec vos collaborateurs sur des sujets bien précis. Pourquoi ?

L.P.C : L’Université de saison, au rythme de 3 par an, ne réunit pas uniquement les chefs de services, mais tous les collaborateurs de la structure franchiseur, pour parler ensemble sur des thématiques qu’ils ont choisies : mise en place d’une journée de télétravail, aménagement de salles de détente, évolution du montant des tickets restau, cohésion des équipes… 

Ce mode de fonctionnement me permet d’échanger en toute bienveillance avec chacun. Dans l’entreprise, on préfère ce mode de communication ou chacun a voix au chapitre plutôt que d’être représenté par deux personnes. 

L’Université de saison a permis de basculer une partie de l’intéressement des salariés de la structure franchiseur, qui représente 2 mois de salaire en moyenne dans l’entreprise Valoris, sur leur rémunération mensuelle. Ou encore, d’ajouter une douche au sein de l’entreprise, pour éviter d’attendre après une pratique sportive à la pause de midi.

Aujourd’hui, pour les collaborateurs et plus particulièrement ceux de la nouvelle génération, le travail est un moyen, et non pas une finalité. On assiste à une évolution du comportement qui nécessite un management personnalisé, des missions qui ont du sens, une entreprise dont on est fier, un lieu de vie agréable … tout comme le commerçant qui est aujourd’hui plus à l’écoute de ses clients, l’entreprise se doit d’évoluer.

Quelles recommandations donneriez-vous à un franchiseur débutant ou confirmé ?

L.P.C : A un franchiseur débutant, s’il croit à son modèle, de se faire accompagner et conseiller dès le début, pour grandir sereinement. Et à un franchiseur confirmé : la remise en cause doit exister tout le temps. Il faut rester attentif aux signaux faibles, d’autant que le monde du commerce a connu une accélération de dingue ces dernières années.

*La société Valoris Développement a pour objet la promotion et la valorisation des agences d’intérim sous l’appellation Temporis

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