Le Conseil d’État a validé le vendredi 2 octobre 2026 le plan social d’Auchan, qui porte sur 2 389 postes. La plus haute juridiction administrative annule deux décisions favorables à la CGT et à FO, près de deux ans après l’annonce du plan, au moment où la majorité des supermarchés du groupe passent sous enseigne Intermarché, Netto ou Lidl.
Annoncé le 5 novembre 2024, le plan de sauvegarde de l’emploi d’Auchan Retail France prévoyait 2 389 suppressions de postes. Il a été conclu en mars 2025 par un accord signé par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, qui représentent 75 % des salariés, puis validé par l’administration du travail des Hauts-de-France. La CGT, rejointe par FO, avait attaqué ce plan devant la justice administrative.
Deux défaites en justice, puis une victoire définitive pour Auchan
Le distributeur avait d’abord perdu deux fois. Le tribunal administratif de Lille a invalidé le plan le 23 septembre 2025, puis la cour administrative d’appel de Douai a confirmé cette invalidation en janvier 2026. Auchan s’est alors pourvu devant le Conseil d’État.
Le tribunal de Lille reprochait au groupe d’avoir signé l’accord au niveau d’Auchan Retail France, et non dans chacune de ses cinq sociétés. Le Conseil d’État écarte cet argument, comme l’avait fait la cour d’appel : depuis la loi El Khomri de 2016, un accord d’entreprise peut être conclu au niveau du groupe.
Les holdings Mulliez n’avaient pas à fournir leurs comptes
Le second motif portait sur l’information des comités sociaux et économiques (CSE). Auchan leur avait transmis les chiffres de Suraumarché, la société qui contrôle les huit entreprises visées par le plan. La cour de Douai jugeait qu’il fallait aussi les données d’Acanthe, Valorest et Cimofat, trois holdings de la famille Mulliez qui détiennent presque tout Suraumarché.
Le Conseil d’État y voit une « erreur de droit ». Ces holdings ne travaillent pas dans la distribution, donc Auchan n’avait pas à justifier le motif économique à leur niveau.
1 415 salariés reclassés selon Auchan, « une justice à double vitesse » pour la CGT
Dans un communiqué cité par l’AFP, Auchan Retail salue une décision qui « confirme la validité de la procédure engagée dans le cadre du PSE ». Le groupe indique que, pour 2 090 emplois finalement supprimés, 1 415 salariés ont trouvé une solution : reclassement interne, préretraite, nouvel emploi, reconversion ou création d’entreprise.
La fédération CGT Commerce et Services dénonce, elle, « une justice à double vitesse » et s’étonne qu’un pourvoi ait été jugé en six mois. Une invalidation définitive aurait permis aux salariés licenciés de réclamer davantage d’indemnités aux prud’hommes. Signataire de l’accord, la CFDT défend le plan : « Le plan de sauvegarde de l’emploi aujourd’hui fonctionne », a indiqué à l’AFP Gilles Martin, délégué syndical CFDT Auchan.
239 supermarchés Auchan passent à Intermarché ou Netto, 17 vont à Lidl
La décision tombe alors qu’Auchan sort du format supermarché. 239 magasins passent sous enseigne Intermarché ou Netto : 72 vendus au Groupement Les Mousquetaires, dont les magasins sont tenus par des commerçants indépendants, un modèle courant en franchise de supermarché, et 167 regroupés dans une société commune avec Intermarché. Les dates de passage en Intermarché ou Netto s’étalent du 27 septembre 2026 au 30 avril 2027.
Supermarchés Auchan qui passent sous enseigne Intermarché ou Netto, entre le 27 septembre 2026 et le 30 avril 2027 (source : L’Express Franchise, d’après l’Autorité de la concurrence et RMC Conso).

Les 17 supermarchés Auchan cédés à Lidl doivent changer d’enseigne au premier trimestre 2027, sous réserve du feu vert de l’Autorité de la concurrence. L’opération fait passer une partie du parc d’un groupe intégré vers le commerce associé d’Intermarché, le modèle par lequel passent les indépendants qui veulent ouvrir un supermarché sous cette enseigne.











