Le BHV Marais a demandé, mardi 27 octobre 2026, son placement en redressement judiciaire. Le grand magasin de la rue de Rivoli, qui emploie 700 personnes, reste ouvert. Sa direction accuse le propriétaire des murs, le fonds canadien Brookfield, de ne pas lui avoir versé des indemnités promises, ce que Brookfield dément.
Fondé en 1856 sous le nom de Bazar de l’Hôtel de Ville, le magasin du 4e arrondissement de Paris est dirigé depuis juin par Karl-Stéphane Cottendin. La Société des grands magasins (SGM) de Frédéric Merlin, qui l’exploitait depuis 2023, l’avait cédé à une partie de ses dirigeants « à prix négatif », c’est-à-dire à perte. Interrogé par Le Figaro, le président assure que « le magasin reste ouvert » et que « les équipes sont en poste ».
Le BHV Marais reste ouvert pendant que le tribunal examine sa demande
Le dossier a été déposé auprès du tribunal des activités économiques de Lyon, a indiqué la direction à l’AFP. Si le tribunal ouvre la procédure, le BHV bénéficiera d’une période d’observation de six mois, renouvelable une fois, pour présenter un plan. Le juge pourra alors adopter un plan de continuation, porté par l’entreprise elle-même, ou un plan de cession, qui permet à un tiers de racheter une entreprise en redressement judiciaire.
Pour les clients, une carte cadeau, un avoir ou un acompte payés avant le jugement deviennent une créance. Ils se déclarent au mandataire judiciaire dans les deux mois qui suivent la publication du jugement d’ouverture au Bodacc, comme le prévoit l’article R622-24 du Code de commerce.
Le BHV Marais réclame à Brookfield des indemnités que le fonds dit ne pas devoir
Dans son communiqué, le BHV explique que sa relance reposait sur des indemnités prévues en échange de la restitution au bailleur, au printemps, de plus de la moitié du magasin. Ces sommes « n’ont pas été versées ». Sans elles, la direction dit n’avoir pu ni réassortir les rayons, ni réaménager la partie du magasin qu’il garde, ni relancer sa communication auprès des clients cet été.
La direction cite aussi les émeutes des derniers samedis dans le centre de Paris, qui sont allées jusqu’au pillage du rez-de-chaussée. Après les manifestations des 17 et 18 octobre, Bercy a ouvert plusieurs aides pour les commerçants pillés, dont un prêt à taux zéro de Bpifrance pouvant atteindre 50 000 euros.
Le propriétaire des murs depuis janvier conteste cette version. « Brookfield dément catégoriquement devoir une quelconque somme au BHV à ce jour », a déclaré le fonds à l’AFP. Selon lui, le bail signé le 27 janvier 2026 prévoit que les indemnités ne sont payées qu’après une restitution des espaces mise en conformité, travaux qui incombent au BHV. « C’est l’inexécution des propres engagements du BHV qui conduit à la situation actuelle », ajoute Brookfield.
Les marques du BHV ne touchent leur part qu’après le passage en caisse
En novembre 2025, Shein a ouvert au sixième étage du BHV son premier magasin physique permanent, après l’accord signé avec la SGM qui avait provoqué une levée de boucliers contre les magasins Shein dans la filière textile. Sept mois plus tard, Karl-Stéphane Cottendin a lui-même qualifié cette expérience d’« erreur stratégique » devant des journalistes de l’AFP.
Dior, Guerlain, Sandro ou Maje ont quitté le magasin, certaines marques en dénonçant des retards de paiement. Au BHV, le client paie à la caisse du grand magasin, qui garde une commission et reverse ensuite le reste à la marque. L’Union française des industries de la mode évaluait les impayés à 7 millions d’euros en novembre 2025.
Selon le BHV, le redressement « gèle le passif antérieur » et « protège les marques et les fournisseurs qui reviennent, payés à échéance et avec la priorité que la loi leur accorde ». Les sommes dues avant le jugement suivront donc le plan, alors que les ventes réalisées après doivent être reversées à la date prévue. Dans les franchises de magasins de vêtements, le schéma est inverse : le franchisé encaisse lui-même ses ventes dans sa boutique et verse ensuite une redevance à la tête de réseau.
Ligne Roset, Cinna et Madura parmi les 37 marques annoncées à la rentrée
Le 20 juillet, la nouvelle direction avait présenté un plan qui recentre le BHV sur la maison, le bricolage et la décoration. Elle annonçait que 37 marques avaient confirmé leur retour à la rentrée, dont Ligne Roset, Cinna et Madura, ainsi que l’arrivée de Boulanger et de Rougier & Plé au rez-de-chaussée, rouvert le 10 septembre. Le même plan prévoit d’ouvrir jusqu’à 40 % du capital aux salariés.











