Ticket-restaurant : la dérogation prolongée en 2024

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Un homme tient dans la main un bobun pour son repas de midi au bureau.

Dans un contexte d’inflation élevé, et face à la colère des consommateurs, l’Assemblée nationale a adopté en urgence la prolongation, jusqu’à fin 2024, de la dérogation qui permet d’utiliser les tickets-restaurants pour acheter des produits alimentaires, même s’ils ne sont pas directement consommables.


Ce vote quasi unanime de l’Assemblée (117 voix pour, 1 voix contre) doit encore être confirmé au Sénat. Cette dérogation, permise en 2022 par une loi sur le pouvoir d’achat, devait prendre fin au 31 décembre 2023, sauf adoption d’un texte par les parlementaires. 

Prolongation de la dérogation à fin 2024

À l’origine, les tickets-restaurant avaient pour objectif de financer les repas au travail des salariés : repas au restaurant, plats cuisinés et prêts à être consommés. Depuis l’automne 2022, une dérogation permet à environ 5,4 millions de salariés français d’utiliser leurs tickets-restaurant pour acheter des produits dits non consommables directement. Il s’agit de produits qui doivent être préparés comme la farine, les pâtes, le riz ou encore la viande et le poisson. Cette mesure avait été prise pour améliorer le pouvoir d’achat des Français et devait prendre fin le 31 décembre 2023.

C’était sans compter la colère des salariés et le contexte inflationniste, qui ont poussé le gouvernement à déposer en urgence un texte à l’Assemblée nationale visant à prolonger cette dérogation d’un an. Olivia Grégoire, ministre du commerce, a de nouveau soutenu la prolongation du dispositif, alors que « l’inflation alimentaire est importante même si elle continue de refluer depuis plusieurs mois ». 

Concrètement, cela signifie que, passé le 1er janvier 2024, il sera toujours possible aux détenteurs de tickets-restaurant de les utiliser pour payer leurs courses alimentaires à hauteur de 25 euros par jour. Au grand damne des restaurateurs.

Le secteur de la restauration dénonce ce revirement

« On détourne complètement l’utilité du ticket restaurant qui a été créé pour donner la possibilité aux gens qui n’ont pas de restaurant d’entreprise de manger à midi. Ce titre était exclusivement destiné, comme son nom l’indique, aux restaurants, aux fast food ou aux cafés. Au fur et à mesure des années, on a détourné ce ticket en l’utilisant le soir, le week end, puis chez Carrefour ou chez Picard. Maintenant, il rend un service fantastique et je dis bravo, c’est très bien pour le pouvoir d’achat des Français. Mais dans ce cas-là, supprimons l’expression et créons autre chose : un ticket pouvoir d’achat ou un ticket alimentation comme le propose Thierry Marx. » explique Bernard Boutboul, président de Gira conseil.

En effet, jeudi 16 novembre dernier, le chef étoilé et président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), Thierry Marx, a dénoncé ce revirement du gouvernement et a demandé à être reçu par la Première ministre Elisabeth Borne pour lui faire part de l’incompréhension des restaurateurs, de leur mécontentement et de leur souhait d’un retour rapide à la situation précédant la loi de 2022. « Avec sa volte-face sur la prolongation de l’utilisation du titre-restaurant aux produits alimentaires, le gouvernement envoie un très mauvais signal à notre profession » déclare-t-il dans un communiqué adressé à l’AFP. « Dans titre-restaurant, il y a “restaurant”. Ce titre doit rester une aide au déjeuner des salariés ne disposant pas de restaurant d’entreprise. Il ne doit pas devenir un titre-Caddie », poursuit le chef.

Il déplore notamment un manque à gagner de 200 millions d’euros pour les restaurateurs et rappelle qu’en 2023 la grande distribution a vu sa part de marché titre-restaurant augmenter de plus de 6%, alors que celle des restaurants aurait diminué de 3%. Le chef étoilé rappelle par la même occasion que le secteur de la restauration fait déjà face à des difficultés de trésorerie importantes dû au remboursement des prêts garantis par l’Etat cumulé à la hausse des coûts de l’énergie et des matières premières.

Vers un titre alimentaire ?

En marge d’un déplacement en Indre-et-Loire, la ministre déléguée aux PME et au Commerce Olivia Grégoire a répondu à Thierry Marx au nom du gouvernement: « nous sommes et nous serons aux côtés des restaurateurs ». Elle soutient toutefois que les Français doivent eux aussi être entendus dans un contexte où l’inflation alimentaire reste élevée. Selon elle, la possibilité de continuer à utiliser les titres-restaurant pour des achats alimentaires « est une liberté de bon aloi ».

Dans son communiqué, Thierry Marx avait dit entendre « les voix qui s’expriment à propos de l’utilité de ce titre, en période d’inflation, pour faire ses courses au quotidien. » Il fait toutefois valoir que « l’inflation concerne tous les Français. La hausse des prix impacte aussi nos restaurateurs ». Le chef incite donc le gouvernement à « concevoir un titre alimentaire ou un chèque alimentaire pour lutter contre l’inflation et aider les plus défavorisés ».

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