Longtemps identifié à l’univers des dark kitchens, Taster poursuit sa transformation. Le groupe français de restauration rapide, fondé en 2017, accélère désormais le déploiement de ses Stores hybrides, ouverts au public, et prépare une nouvelle étape de son développement avec Sheesh, une enseigne de sandos lancée avec le chef Danny Khezzar.
Du digital à la rue : une évolution assumée du modèle
Fondé en 2017, Taster s’est d’abord imposé avec un modèle 100 % digital, en développant des marques de restauration rapide franchisées pensées pour la livraison. Mais depuis 2024, le groupe opère un virage progressif : transformer ses cuisines dédiées en véritables points de vente ouverts au public.
Cette transition s’est accélérée en 2025, avec une forte croissance du réseau. Taster compte aujourd’hui plus de 130 points de vente en Europe, dont 117 en France, pour un chiffre d’affaires de 161 millions d’euros sur le marché français (+45 % en un an).
Le groupe mise désormais sur un modèle hybride, combinant livraison, click & collect, vente à emporter et, de plus en plus, consommation sur place. « Nous diversifions nos canaux de vente pour nous adapter aux nouveaux usages », explique Bertrand Peyrat, directeur général de Taster. Une réponse directe à l’évolution des modes de consommation, marqués par des repas plus courts, plus flexibles et plus mobiles.
Les Stores : un nouveau standard pour le réseau
Au cœur de cette stratégie : les Stores, des points de vente situés en emplacement passant, conçus pour fluidifier l’expérience client. Commande sur borne, retrait rapide, espace dédié aux livreurs… et parfois quelques places assises : tout est pensé pour maximiser les flux.
En 2025, Taster a fortement accéléré leur déploiement, passant de 46 à plus de 77 Stores en France, avec une ambition claire : généraliser ce format à l’ensemble du réseau.
Pour les franchisés, l’intérêt est double. D’un côté, ces emplacements offrent une meilleure visibilité et permettent de capter une clientèle de proximité. De l’autre, ils améliorent la rentabilité en réduisant la dépendance aux plateformes de livraison.
« C’est un canal de vente supplémentaire. Il n’y a pas de cannibalisation », assure la direction, qui souligne que la livraison reste majoritaire, mais que la vente à emporter et le click & collect prennent une place croissante.
Des marques conçues avec des créateurs pour parler à la Gen Z
La singularité de Taster reste sa capacité à co-construire ses enseignes avec des créateurs de contenu, des chefs ou des partenaires à forte audience. Pepe Chicken a été développé avec FastGoodCuisine, Starsmash avec Amixem, et Spud Bros Express au Royaume-Uni avec les Spud Bros. Le prochain lancement, Sheesh, a été imaginé avec Danny Khezzar, chef étoilé à Genève et finaliste de Top Chef 2023.

Le principe est simple : au créateur, l’univers, la désirabilité et la puissance de communication ; à Taster, l’exécution opérationnelle, le sourcing, la logistique, la technologie et la capacité à déployer rapidement une marque à grande échelle. Le groupe insiste sur la dimension entrepreneuriale de ces partenariats, les créateurs étant associés à la performance via des royalties sur les ventes.
Cette stratégie vise d’abord la Gen Z, qui représente plus de la moitié de la clientèle du groupe. Les recettes, l’identité visuelle et même les temps forts marketing sont pensés pour être visibles, désirables et partageables sur les réseaux sociaux.
Sheesh, symbole d’une nouvelle phase
L’ouverture prochaine de Sheesh marque une étape supplémentaire. Le concept, centré sur le sando revisité autour du poulet frit, doit ouvrir à Paris à l’automne 2026. Ce premier site associera restauration sur place, vente à emporter et livraison. Au-delà d’un simple lancement de marque, Sheesh illustre la volonté de Taster de transposer physiquement l’univers de ses enseignes et de leurs créateurs.
Cette montée en gamme du modèle répond aussi à des enjeux économiques. Les Stores exigent des emplacements plus centraux, des cuisines plus grandes et davantage de personnel, mais ils permettent de mieux capter les flux urbains et de créer une relation plus directe avec le client. Plus largement, le groupe entend structurer son réseau autour de plusieurs formats complémentaires : des points de vente monomarques (flagships) et des sites multimarques proches d’un food court.
Croissance soutenue et ambitions européennes
Rentable sur une année pleine depuis 2025 selon sa direction, Taster affiche des ambitions d’ouvertures élevées. Sa croissance doit s’appuyer à la fois sur l’ouverture de nouveaux points de vente, la transformation du parc existant et l’internationalisation de certaines marques.
« L’objectif est de faire grandir nos partenaires au sein du réseau », explique la direction. Deux tiers des nouvelles ouvertures sont d’ailleurs réalisées avec des franchisés déjà actifs.
Le groupe recherche des profils entrepreneurs, capables de piloter plusieurs unités. « Des profils agiles, prêts à se développer rapidement et à devenir multi-franchisés », précise Sébastien Rybka, directeur du réseau.
Côté investissement, il faut compter entre 200 000 et 250 000 euros pour ouvrir un point de vente, avec un apport personnel autour de 50 000 euros. Le chiffre d’affaires moyen par établissement atteint environ 1,4 million d’euros. Les implantations se font majoritairement en centre-ville ou en zones à fort passage, dans les grandes agglomérations mais aussi dans des villes de taille intermédiaire comme Dijon, Perpignan, Lens ou Béziers.
La France reste de loin son premier marché, mais Taster continue d’explorer d’autres relais de développement en Europe. Après la Belgique, le Royaume-Uni et le Luxembourg, le groupe étudie notamment de nouveaux débouchés, avec une logique d’adaptation des concepts aux habitudes locales.
En parallèle, l’entreprise affine son discours sur la qualité, la traçabilité et l’ancrage territorial. Elle met en avant un poulet breton pour Pepe Chicken, un bœuf du Limousin pour Starsmash, ainsi qu’une stratégie d’implantation dans des villes très diverses, au-delà des grandes métropoles.
D’une foodtech de la livraison à un acteur physique de la restauration rapide
Près de dix ans après sa création, Taster ne renie pas son ADN digital, mais cherche désormais à dépasser l’image de simple opérateur de livraison. En ouvrant ses marques à la rue, au retrait et progressivement à la salle, le groupe veut devenir un acteur à part entière de la restauration rapide européenne.
Sa promesse reste la même : créer des marques fortes, accessibles et pensées pour les usages contemporains. Mais le terrain de jeu, lui, s’élargit. Taster ne veut plus seulement exister sur les plateformes ; il veut aussi s’installer dans le quotidien des consommateurs, au coin de la rue.










