E.Leclerc veut pouvoir vendre dans ses parapharmacies, à ses prix, les médicaments que vous achetez sans ordonnance : paracétamol, sirop contre la toux, antiallergiques. L’enseigne relance sa demande avec une campagne diffusée depuis le 25 octobre 2026. En France, c’est interdit, alors que l’Italie l’autorise depuis vingt ans.
L’argument de l’enseigne tient en un chiffre : 61 % des Français disent avoir déjà renoncé à acheter un médicament non remboursé à cause de son prix, d’après une étude Ifop réalisée en avril 2023 pour le laboratoire Biogaran. Le Mouvement E.Leclerc continue d’ouvrir des parapharmacies, avec 9 de plus inscrites dans le plan de 47 ouvertures de magasins par an présenté par E.Leclerc fin 2025, mais aucune ne peut proposer le moindre comprimé de paracétamol.
En France, même sans ordonnance, un médicament ne se vend qu’en pharmacie
Le Code de la santé publique réserve aux pharmacies d’officine la vente de tous les médicaments, avec ou sans ordonnance. Une parapharmacie peut vendre des crèmes, des compléments alimentaires ou des tests de grossesse, mais pas une boîte de Doliprane, même si un pharmacien diplômé y travaille.
Le 4 avril 2019, l’Autorité de la concurrence avait pourtant recommandé d’ouvrir cette vente aux parapharmacies et aux grandes surfaces, qu’il s’agisse d’enseignes en groupement ou de réseaux de franchises de supermarché et d’hypermarché, dans des espaces dédiés et avec la présence « obligatoire et continue » d’un pharmacien. La ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn, s’y était opposée par crainte de fragiliser les pharmacies rurales, et le projet n’a pas eu de suite.
En Italie, les parapharmacies vendent ces médicaments depuis 2006
Le décret Bersani du 4 juillet 2006 a autorisé la vente de médicaments sans ordonnance hors des pharmacies italiennes, dans les parapharmacies et les rayons santé de la grande distribution, avec un pharmacien pour conseiller les clients. L’Espagne autorise aussi cette vente hors officine. Dans les pays européens qui ont ouvert la vente, les prix de ces médicaments ont baissé de 10 à 15 %, selon l’Autorité de la concurrence en 2019.
Lunettes, vitamines, tests de grossesse : ce que les grandes surfaces vendent déjà
Le médicament est l’un des derniers produits de santé que la grande distribution n’a pas le droit de vendre. E.Leclerc tient déjà 80 boutiques « Optique E.Leclerc », ouvertes depuis 2005 avec des opticiens diplômés, un métier où l’on trouve aussi des franchises d’optique et de lunettes.
| Produit | En grande surface ? | Depuis quand, à quelle condition |
|---|---|---|
| Lunettes et lentilles | Oui | Avec un opticien diplômé, Optique E.Leclerc depuis 2005 |
| Compléments alimentaires, vitamines | Oui | Classés comme aliments (décret de 2006), vitamine C autorisée dès 1986 |
| Tests de grossesse et d’ovulation | Oui | Depuis la loi Consommation de mars 2014 |
| Médicaments sans ordonnance | Non | Réservés aux pharmacies d’officine |
Pour les pharmaciens, les médicaments français sont déjà parmi les moins chers d’Europe
Le 27 octobre, Pierre-Olivier Variot, président de l’USPO, a répondu que la vente en grande surface ne ferait pas baisser les prix : « En France, les médicaments sont les moins chers d’Europe ». Il rappelle qu’un patient ne repart pas toujours de la pharmacie avec une boîte, parce que le pharmacien peut l’envoyer chez le médecin, et cite la Norvège parmi les pays revenus en arrière.
Face à E.Leclerc, les pharmaciens ne sont pas seuls non plus : la plupart travaillent en groupements, et la santé concentre à elle seule la moitié des points de vente du commerce coopératif en France, devant l’optique, le sport et l’alimentation.
Le combat a commencé avec les crèmes en 1984
E.Leclerc a déjà fait sortir des pharmacies d’autres produits du quotidien. Ses centres ont ouvert leurs premiers rayons de parapharmacie en 1984, alors que les crèmes et les produits d’hygiène ne se vendaient qu’en pharmacie, puis la vitamine C et l’eau oxygénée ont été autorisées en grande surface en 1986. Il a fallu des procès contre les fabricants avant l’ouverture à Poitiers, en 1989, de la première parapharmacie à l’enseigne.












