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Ouvrir une société en nom collectif (SENC) au Québec en 2026 : comment faire ?

9 Min. de lecture
poignée de main et pistolet: accord sous tension

Se lancer en affaires à deux ou à plusieurs, mettre en commun ses forces et partager les risques : c’est la promesse de la société en nom collectif (SENC), une société de personnes créée par un contrat entre associés. Ce guide fait le tour des conditions, des étapes d’ouverture au Québec et des points de vigilance, à commencer par la responsabilité des associés, souvent sous-estimée au moment du démarrage.


Au Québec, quatre formes juridiques principales s’offrent à un porteur de projet : le travailleur autonome (l’entreprise individuelle), la société en nom collectif (SENC), la société en commandite et la société par actions. La SENC séduit ceux qui veulent s’associer sans monter la structure lourde d’une compagnie. Encore faut-il comprendre ce qu’on signe.

Le mot d’ordre : bien s’entendre au départ. Un projet à plusieurs se joue autant sur la confiance que sur le contrat qui l’encadre.

Une société en nom collectif est un regroupement d’au moins deux personnes, les associés, qui exploitent ensemble une entreprise commune. Elle naît d’un contrat de société et porte un nom qui lui est propre.

Bon à savoir

Le point juridique à retenir : la SENC n’est pas une personne morale, contrairement à la société par actions. Elle dispose pourtant d’un siège social, d’un nom distinct et de la capacité d’agir en justice, c’est-à-dire de poursuivre et d’être poursuivie. Dans les contrats qu’ils signent, les associés doivent identifier la société par son nom suivi de la mention « S.E.N.C. ».

Les trois conditions essentielles d’une SENC

Pour qu’une société en nom collectif existe réellement, trois éléments doivent être réunis. Sans eux, il n’y a pas de SENC aux yeux du droit québécois.

  • L’esprit de collaboration : la volonté commune de s’associer et de travailler vers un même but.
  • La mise en commun d’un apport : de l’argent, des biens, des connaissances ou du travail.
  • Le partage des bénéfices et des pertes : chaque associé prend sa part des gains, mais aussi des reculs.

SENC, SENCRL et société en participation : quelles différences ?

Autour de la société en nom collectif gravitent deux formes voisines qu’il vaut mieux ne pas confondre. La SENCRL (société en nom collectif à responsabilité limitée) est réservée à certains professionnels membres d’un ordre, comme les avocats, les comptables ou les notaires. Elle limite la responsabilité d’un associé pour les fautes professionnelles commises par les autres.

La société en participation, elle, est une forme de nom collectif qui n’a pas été immatriculée. C’est un statut par défaut, souvent subi plutôt que choisi, avec des conséquences lourdes sur la responsabilité des associés (nous y revenons plus bas).

Le choix de la forme juridique dépend d’abord du nombre de propriétaires et de votre tolérance au risque. L’entreprise individuelle n’accueille qu’un seul propriétaire : dès que vous êtes deux ou plus, elle est écartée. La SENC permet justement de s’associer, avec une gestion simple et peu coûteuse, mais au prix d’une responsabilité illimitée.

La société par actions (aussi appelée compagnie) est, quant à elle, une personne morale distincte de ses propriétaires. Elle protège le patrimoine personnel, mais coûte plus cher et exige davantage de formalités. Rien n’empêche de débuter en SENC, puis de s’incorporer plus tard, lorsque les revenus le justifient. Ce passage peut se faire au moyen d’un roulement fiscal, une opération qui réduit, voire annule, l’impact fiscal du transfert des biens vers la nouvelle compagnie.

Critère Entreprise individuelle Société en nom collectif (SENC) Société par actions
Nombre de propriétaires Un seul Deux ou plus Un ou plusieurs
Personnalité juridique Aucune (confondue avec la personne) Pas une personne morale Personne morale distincte
Responsabilité Illimitée Illimitée et solidaire Limitée à l’apport
Coût et complexité Faibles Faibles à modérés Élevés
Fiscalité Revenus imposés au particulier Revenus imposés à chaque associé Imposée comme entité distincte

Ouvrir une SENC suit un parcours assez balisé. Voici les quatre grandes étapes, de la fondation à l’obtention du numéro d’entreprise.

1) Rédiger le contrat de société

C’est le document fondateur de la SENC. Il fixe les apports de chacun, le partage des profits et des pertes, les rôles et le mode de décision. Nous lui consacrons une section complète plus bas, tant il conditionne la bonne entente future entre associés.

2) Choisir et vérifier le nom de la société

Le nom doit être en français et respecter la Charte de la langue française. Vous pouvez faire une recherche gratuite dans l’outil « Rechercher une entreprise au registre » pour vérifier qu’il n’est pas déjà utilisé. La réservation de nom est facultative : elle est valide 90 jours et comporte des frais.

Rappel utile : le nom doit comporter la mention « S.E.N.C. ». Et attention, l’immatriculation d’une SENC ne protège pas le nom. Seule la constitution en société par actions accorde une protection sur une dénomination.

3) Produire la déclaration d’immatriculation au REQ

Une SENC constituée au Québec est obligatoirement immatriculée auprès du Registraire des entreprises (REQ). La déclaration d’immatriculation d’une société de personnes doit être produite dans les 60 jours suivant le début des activités. Cette formalité se fait en ligne, à même le service du Registraire.

Bon à savoir :

Depuis le 1er juin 2025, les entreprises comptant de 5 à 24 salariés doivent déclarer, lors de leur déclaration d’immatriculation ou de leur déclaration initiale, la proportion de leurs salariés qui ne sont pas en mesure de communiquer en français au travail. Une obligation liée à la francisation à garder en tête si votre SENC embauche dès le départ.

4) Payer les frais et obtenir son NEQ

Des frais s’appliquent au dépôt de la déclaration d’immatriculation. Ils sont indexés chaque année, d’où l’intérêt de consulter la page des tarifs du Registraire avant de déposer. Le paiement doit parvenir au REQ dans les 10 jours ouvrables suivant la transmission de la demande.

Une fois la demande conforme et payée, le Registraire immatricule la société et lui attribue un numéro d’entreprise du Québec (NEQ), puis dépose la déclaration au registre. Il reste ensuite à s’inscrire à la TPS et à la TVQ si le seuil de revenus est atteint, et à obtenir les permis propres à votre activité.

Le contrat de société établit les règles du jeu entre associés. Il précise l’apport de chacun, le partage des profits et des pertes, les rôles et responsabilités, le mode de prise de décision, ainsi que les règles de départ, de retrait, de décès et de dissolution. Autrement dit, il anticipe les moments où les choses se compliquent.

Ce contrat peut être verbal ou écrit. Mais un contrat écrit est fortement recommandé : à défaut de prévisions claires, c’est le Code civil du Québec qui régira la société, avec des règles qui ne correspondent pas toujours à vos intentions.

Le conseil de la rédaction

Faites rédiger ou relire votre contrat de société par un avocat ou un notaire, surtout si l’activité est complexe ou si les apports des associés sont inégaux. Quelques centaines de dollars au départ évitent des litiges qui coûtent bien plus cher, en argent comme en relations !

C’est le point de vigilance majeur de cette forme juridique. Chaque associé est responsable des dettes de la société, et cette responsabilité est solidaire. Concrètement, un associé peut être tenu de payer toutes les dettes de la SENC, y compris celles qui découlent des actes de ses associés, même sans faute personnelle.

La responsabilité personnelle est donc illimitée : votre patrimoine personnel, incluant vos biens, peut être exposé si l’entreprise manque d’argent. Deux réflexes s’imposent : souscrire une assurance responsabilité adaptée, et bien immatriculer la SENC.

Ce dernier point n’est pas anodin. Une SENC non immatriculée est considérée comme une société en participation. Dans ce cas, les créanciers peuvent saisir directement les biens personnels des associés, sans devoir d’abord se partager ceux de la société. Négliger l’immatriculation, c’est donc aggraver son propre risque.

La SENC ne paie pas d’impôt en tant que telle : elle n’est pas une entité fiscale distincte. Ce sont les associés qui déclarent chacun leur part des bénéfices, ou des pertes, dans leur propre déclaration de revenus personnelle, à la fois à Revenu Québec et à l’Agence du revenu du Canada.

Ce mode d’imposition offre des avantages concrets. Les associés bénéficient des crédits d’impôt réservés aux particuliers et peuvent déduire les dépenses de l’entreprise, comme les frais de déplacement ou l’achat de matériel. En revanche, si les revenus deviennent élevés, l’imposition au taux des particuliers peut finir par coûter plus cher que celle d’une société par actions.

Enfin, les autorités fiscales peuvent tout de même exiger de la SENC une déclaration de renseignements (le formulaire TP-600 à Revenu Québec), accompagnée de relevés remis aux associés. Et n’oubliez pas les taxes : la TPS (5 %) et la TVQ (9,975 %) s’appliquent dès que le seuil d’inscription est franchi.

Avant de vous lancer, mettez en balance ce que la SENC vous apporte et ce qu’elle vous fait porter. Le tableau suivant résume les principaux arguments, pour et contre.

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Les avantages de la SENC

  • Simple et peu coûteuse à créer et à gérer, comparée à la société par actions
  • Aucun capital de départ obligatoire
  • Mise en commun d’expertises et de ressources complémentaires
  • Fiscalité au niveau des particuliers, avec crédits d’impôt et déductions de dépenses
  • Un bon véhicule pour deux travailleurs autonomes qui décident de s’associer
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Les inconvénients de la SENC

  • Responsabilité personnelle illimitée et solidaire des associés
  • Absence d’avantages sociaux pour les associés
  • Décisions souvent à l’unanimité et risque de conflits
  • Le départ, le décès ou la faillite d’un associé peut entraîner la dissolution, sauf prévision au contrat
  • Financement parfois plus difficile à obtenir qu’avec une société par actions

Ouvrir une société en nom collectif reste une démarche accessible, mais quelques bons appuis font toute la différence. Le service en ligne « Démarrer une entreprise » du gouvernement du Québec vous guide pas à pas dans les formalités. Pour le contrat de société, un avocat ou un notaire vous évitera des angles morts, tandis qu’un comptable ou un CPA vous aidera à structurer la fiscalité.

Pour les cas simples, les services d’immatriculation en ligne du Registraire suffisent amplement. Un dernier conseil : investissez dans un bon contrat de société dès le départ. C’est le meilleur rempart contre les conflits, et l’assurance de vous lancer à plusieurs sur des bases solides.

À lire aussi :


FAQ – Vos questions fréquentes sur la société en nom collectif (SENC)

Non. Le contrat de société peut être verbal. Un contrat écrit est toutefois fortement recommandé, car à défaut de prévisions claires, c’est le Code civil du Québec qui régira la société, avec des règles qui ne correspondent pas toujours aux intentions des associés.

Oui. Une société en nom collectif constituée au Québec doit être immatriculée au Registraire des entreprises, dans les 60 jours suivant le début des activités. Sans immatriculation, elle est considérée comme une société en participation, ce qui expose davantage les biens personnels des associés.

Oui. Les associés peuvent s’incorporer, c’est-à-dire constituer une société par actions pour exploiter leur entreprise. Ce passage se fait souvent au moyen d’un roulement fiscal, qui réduit ou annule l’impact fiscal du transfert des biens vers la nouvelle compagnie.

Au moins deux personnes. La société en nom collectif suppose un regroupement d’au moins deux associés qui exploitent une entreprise commune, dans un esprit de collaboration et avec un partage des bénéfices et des pertes.

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