Le seul Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine a servi son dernier café samedi, après 31 ans. Six employés quittent le Québec cette semaine, faute de pouvoir renouveler leur permis de travail fermé. Pour un exploitant de bannière en région éloignée, cette fermeture met un chiffre sur un risque que peu de plans d’affaires modélisent.
L’établissement servait l’archipel des Îles-de-la-Madeleine, en Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine, depuis 31 ans. Dernière journée : 1 250 clients servis, les réserves de beignes vidées dès six heures du matin, une file d’autos toute la journée. Les recettes de cette journée ont été remises aux employés. L’exploitant, Patrick Chevarie, conserve d’autres commerces sur l’archipel, où cinq des employés touchés ont été replacés.
Onze employés touchés, six départs hors du Québec
Six des employés du restaurant quittent la province cette semaine parce que leur contrat de travail ne peut pas être renouvelé. Deux d’entre eux, Ezra Peregrin et Luiwillin Modesto, originaires des Philippines, travaillaient là depuis trois ans. Le premier retourne auprès de sa famille aux Philippines, le second part pour une boulangerie de l’Alberta dès vendredi.
Cinq autres restent sur l’archipel, replacés dans les commerces de l’exploitant. Parmi eux, Pam Bravo, dont la famille attend le renouvellement d’un permis fermé qui lui donnerait trois années de plus.
Le permis fermé, angle mort des plans d’affaires en région
Un permis de travail fermé rattache la travailleuse ou le travailleur à un seul employeur. C’est ce qui a longtemps rendu le Programme des travailleurs étrangers temporaires attrayant pour un restaurant en région : une stabilité d’équipe que le marché local ne fournit pas. Sauf que cette stabilité repose sur une autorisation administrative renouvelable. Un exploitant qui bâtit ses quarts de soir et de fin de semaine là-dessus transfère à Ottawa et à Québec une décision qui commande ses heures d’ouverture.
Ce que le plan d’immigration 2026-2029 change pour les réseaux
Déposé le 6 novembre 2025 à l’Assemblée nationale, le Plan d’immigration 2026-2029 vise un maximum de 65 000 titulaires de permis dans le Programme des travailleurs étrangers temporaires présents au Québec en 2029, et environ 45 000 admissions permanentes par année. Le Programme de l’expérience québécoise a pris fin le 19 novembre 2025. Depuis le 17 décembre 2025, un employeur de 25 personnes et plus doit être conforme au processus de francisation de la Charte de la langue française pour obtenir une évaluation de l’impact sur le marché du travail favorable, les entreprises agricoles exceptées.
Bon à savoir
La suspension québécoise de certaines demandes d’évaluation de l’impact sur le marché du travail, prolongée jusqu’au 31 décembre 2026, ne vise que les régions administratives de Montréal et de Laval, sous un seuil de 36 $ l’heure. Un exploitant de la Gaspésie ou de l’Abitibi n’est pas visé par cette mesure-là, mais reste soumis au refus fédéral de traitement dans les régions métropolitaines dont le taux de chômage atteint 6 % et plus.
Un signal à lire avant de signer pour un territoire éloigné
Le montage exact de l’établissement madelinot n’a pas été rendu public. Tim Hortons, fondée en 1964 à Hamilton, en Ontario, développe son parc canadien par des propriétaires exploitants : le réseau en franchise de cafés en revendique plus de 1 500, pour plus de 100 000 employés. Pour un candidat à la franchise qui regarde un territoire éloigné, la leçon tient en une ligne : la question du bassin de main-d’œuvre se pose avant celle de l’achalandage. Les Îles viennent de perdre une adresse vieille de 31 ans, avec une clientèle quotidienne intacte.











