Les épiceries et les dépanneurs du Québec vendront des cocktails prêts-à-boire à base de spiritueux dès le 1er janvier 2027, mais la Société des alcools du Québec en sera le grossiste exclusif. L’Association des brasseurs du Québec dénonce un détour obligé qui alourdira les coûts et fragilisera un réseau de distribution bâti sur des décennies.
L’ouverture vient du projet de loi 11, la Loi modifiant diverses dispositions principalement aux fins d’allègement du fardeau réglementaire et administratif, sanctionnée le 11 juin 2026 et inscrite au recueil annuel comme le chapitre 12 des lois de 2026. L’Assemblée nationale l’a adoptée par 89 voix contre sept, avec neuf abstentions. Le texte touche des dizaines de lois et de règlements. Sur le rayon des alcools, il crée une catégorie de produits que le commerce de proximité québécois n’avait jamais eu le droit de vendre.
Un nouveau rayon pour le commerce de proximité au 1er janvier 2027
À compter du 1er janvier 2027, les épiceries et les dépanneurs pourront écouler des cocktails prêts-à-boire faits de vodka, de gin, de rhum ou de tequila, à condition que la teneur en alcool ne dépasse pas 7 %. Jusqu’ici, seuls les produits à base de malt ou de vin pouvaient sortir du réseau de la Société des alcools du Québec. La nouveauté vaut pour tous les détenteurs de permis d’épicerie, peu importe le montage du point de vente : succursale corporative, dépanneur exploité en DODO, magasin de marchand affilié ou établissement franchisé.
Bon à savoir
Le seuil de 7 % trace la frontière du rayon. Au-delà, le produit reste vendu uniquement en succursale de la Société des alcools du Québec, quelle que soit sa base alcoolique.
Le détour obligé par l’entrepôt de la société d’État
L’Association des brasseurs du Québec appuie l’objectif d’allègement réglementaire, mais rejette la manière. La Société des alcools du Québec a annoncé qu’elle agirait comme grossiste exclusif de ces nouveaux prêts-à-boire. Les brasseurs, qui livrent eux-mêmes leurs produits de malt aux commerces, devront donc déposer leurs canettes à base de spiritueux dans un entrepôt de la société d’État avant qu’elles ne rejoignent les tablettes.
L’association prévoit un processus plus lourd, une facture qui remonte jusqu’au consommateur et met en doute la capacité logistique de la société d’État à absorber l’ensemble de ces livraisons. Elle anticipe aussi des pertes d’emplois dans son propre réseau de distribution, particulièrement en région, si le marché du malt venait à s’effriter.
La Société des alcools du Québec parle d’un canal de plus
La société d’État écarte l’accusation. « Nous ne voyons pas cette évolution comme une perte ou un gain de monopole, mais comme l’ajout d’un nouveau canal de vente », précise Linda Bouchard, porte-parole de la Société des alcools du Québec. Elle rappelle que la société agit déjà comme grossiste auprès des épiceries, des dépanneurs et des bars. Sur les craintes d’emplois, la réponse est nette : commenter les modèles d’affaires des acteurs du marché ne lui appartient pas. La demande d’amendement, ajoute-t-elle, venait de l’Union québécoise des microdistillateurs.
La mesure avait été annoncée le 24 février par Samuel Poulin, alors ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes Entreprises et auteur du projet de loi, qui disait croire au libre marché et à la libre entreprise, et faire confiance à l’industrie pour y trouver son compte.
Quatre mois pour préparer les tablettes
Il reste moins de quatre mois avant l’ouverture du rayon. Pour un réseau de dépanneurs ou une bannière alimentaire, la question tient en trois points : la marge consentie sur cette nouvelle catégorie, les délais de réapprovisionnement une fois le stock passé par la société d’État, et la place à dégager en tablette. Les prochaines semaines diront aussi si les modalités de gros seront ajustées avant janvier, alors que les brasseurs, les microdistillateurs et le commerce de détail ne défendent pas la même lecture du texte.











