Il manque 55 employés dans les quatre restaurants McDonald’s d’Isabelle Leblanc, en Abitibi-Témiscamingue. La franchisée a fait poser des affiches de recrutement dans des restaurants du centre-ville de Montréal, transport et logement payés. Le résultat est mince, et il dit quelque chose de précis à qui envisage une franchise en région.
Isabelle Leblanc exploite les McDonald’s de Val-d’Or, Rouyn-Noranda, Amos et Malartic, en Abitibi-Témiscamingue. Elle cumule plus de 45 ans de carrière dans l’enseigne, dont une affectation en Russie dans les années 1990, et s’est installée dans la région il y a 23 ans. McDonald’s du Canada compte plus de 1 400 restaurants au pays et sert plus de 2,5 millions de personnes par jour.
55 postes à combler dans quatre restaurants
La franchisée attribue le manque à l’arrêt du recrutement de travailleurs étrangers munis d’un permis fermé, dans un bassin où le chômage est déjà très bas. Les jeunes qui sortent de l’école à 18 ans partent souvent vers les mines après une formation en machinerie lourde. Le manque de personnel touche donc aussi les épiceries, les commerces et les autres restaurants de la région, pas seulement ses quatre établissements.
Transport en autocar, logement fourni, et trois candidats sur 5 000 visiteurs
Depuis avril, grâce à un collègue franchisé de la métropole, des affiches proposant d’aller travailler en Abitibi sont apparues dans des restaurants montréalais, dont un du Vieux-Montréal. L’offre est concrète : billet d’autocar payé jusqu’en région, et dans certaines villes un logement loué par l’entreprise, avec chambre individuelle et aires communes.
Le rendement de l’opération reste faible. Dans les foires de recrutement, qui durent plusieurs jours, la franchisée repart avec trois à cinq candidats sur 5 000 visiteurs. Son constat est brutal : les gens qui ont déposé leurs valises à Montréal ne veulent pas nécessairement repartir en région.
Une mise de fonds de 1 million de dollars, et un exploitant qui reste au comptoir
Le modèle canadien de l’enseigne éclaire le dossier. McDonald’s exige habituellement une mise de fonds d’au moins 1 million de dollars pour acquérir un restaurant existant, combinée à un financement bancaire couvrant 75 % du prix d’achat. L’enseigne de fast-food n’accorde de franchise ni aux investisseurs ni aux sociétés en nom collectif : le candidat retenu doit gérer lui-même son restaurant et participer aux activités quotidiennes. Autrement dit, le risque de main-d’œuvre n’est pas délégable. Il tombe sur la personne qui a signé.
Bon à savoir
Depuis le 17 décembre 2025, un employeur de 25 personnes et plus doit être conforme au processus de francisation de la Charte de la langue française pour obtenir une évaluation de l’impact sur le marché du travail favorable, les entreprises agricoles exceptées. Un franchisé multi-établissements franchit ce seuil sans effort. La conformité linguistique devient donc une condition d’accès à la main-d’œuvre étrangère.
Des heures d’ouverture réduites comme premier signal
La franchisée prévient que la suite se traduira par des heures d’ouverture restreintes dans ses succursales. Les travailleurs étrangers assuraient les soirs, les fins de semaine et les ouvertures, soit les quarts les plus difficiles à pourvoir localement. Elle rappelle que des restaurants de la région ferment déjà leur salle à manger, et que le pire n’est pas atteint. Pour un candidat qui étudie un territoire en Abitibi-Témiscamingue, en Côte-Nord ou au Bas-Saint-Laurent, le calcul d’achalandage ne suffit plus. C’est la capacité à garnir les quarts de soir qui décidera des heures affichées à la porte.











