Douze produits de grandes marques américaines remplacés par des substituts d’ici, deux épiceries visitées, et un écart de 14,7 % à 15,4 % en faveur du panier local : le test publié le 6 septembre par La Presse arrive deux jours avant l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens. Pour les réseaux d’alimentation québécois, l’argument de l’achat local cesse d’être seulement identitaire.
L’exercice porte sur les rangées du centre du magasin : céréales, condiments, grignotines, jus, craquelins, bière. Les produits laitiers, les fruits et légumes et la viande ont été écartés, parce que l’offre québécoise y domine déjà en saison ou relève de la gestion de l’offre. Le classement s’est fait sur le siège social de l’entreprise propriétaire, pas sur le lieu de fabrication. Répété dans deux commerces, le résultat est allé dans le même sens les deux fois.
Un écart de 15 % qui contredit une idée reçue
L’intuition du consommateur veut que le produit local coûte plus cher. Sur ce panier, c’est l’inverse : la facture américaine ressort de 14,7 % à 15,4 % plus élevée. L’écart est assez large pour survivre à un changement de magasin, ce que la répétition du test confirme.
L'écart en faveur du panier québécois
Sur douze produits de marques américaines remplacés par des substituts d’ici, la facture américaine est de 14,7 % à 15,4 % plus élevée, dans deux épiceries différentes. (Source : La Presse, 6 septembre 2026)
La limite de l’exercice est assumée : douze références ne font pas un indice de prix. Le signal reste utile, parce qu’il porte précisément sur les catégories où un marchand dispose d’une marge de manœuvre réelle dans son assortiment.
58 % des Québécois regardent où le produit est transformé
C’est la donnée qui devrait intéresser le plus un exploitant. Selon des chiffres de NielsenIQ cités par la firme-conseil en stratégie bioalimentaire ilot, près de six Québécois sur dix, soit 58 %, définissent le produit local par son lieu de transformation, sans égard à la propriété de l’entreprise.
La conséquence est concrète : plusieurs marques à siège social américain sont fabriquées au Québec, du beurre d’arachide de Mont-Royal aux pommes de terre transformées à Lévis. Un étiquetage « d’ici » posé sur le seul critère du siège social risque donc de contredire ce que le client, lui, appelle local.
En alimentation québécoise, l’arbitrage se joue en tablette
Le détail alimentaire québécois ne fonctionne pas majoritairement en franchise. Les deux principaux réseaux d’épicerie s’appuient sur des marchands affiliés, et les dépanneurs de la province combinent exploitation corporative et ententes de type CODO et DODO. Ces montages laissent à l’exploitant une latitude variable sur l’assortiment local.
Bon à savoir : vérifier son montage avant de promettre du local
Avant de bâtir une mise en marché sur l’achat local, un candidat doit savoir ce que sa convention lui permet : liste de fournisseurs imposée, part d’achats libres, marge sur les références locales. La réponse change du tout au tout entre un marchand affilié, un franchisé du secteur alimentaire et un gérant de succursale corporative.
Le vrai test arrive avec le renouvellement des stocks
L’écart mesuré porte sur des prix d’avant les contre-tarifs. La suite se lira sur les commandes passées après le 8 septembre, quand les surtaxes commenceront à toucher les produits acquis et non ceux déjà en tablette. Deux indicateurs à suivre d’ici l’automne : l’évolution de cet écart de prix une fois les nouveaux coûts d’intrants absorbés, et la capacité des transformateurs québécois à fournir le volume si la demande se déplace pour de bon.











