Moins d’une journée après l’entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens, Metro confirme avoir reçu plusieurs avis de hausse de ses fournisseurs. Ottawa frappe 27,6 milliards de dollars de produits américains à 15, 25 et 50 %. Pour les réseaux d’alimentation du Québec, la facture n’arrive pas par la caisse, elle arrive par les intrants.
Le ministère des Finances du Canada a fixé l’entrée en vigueur au 8 septembre, à 0 h 01. Les surtaxes de 15, 25 et 50 % reprennent taux pour taux celles appliquées par Washington, sur six familles de produits : acier, produits laitiers, appareils électroménagers, matériel agricole, pâtes et papiers, électronique. Metro exploite quelque 1 012 marchés d’alimentation au Québec et en Ontario, un parc où les supermarchés corporatifs côtoient plusieurs centaines de commerces tenus par des marchands indépendants.
Les premiers avis de hausse sont tombés le jour même
Groupe Metro a confirmé au Journal de Montréal, mardi, avoir reçu plusieurs lettres de fournisseurs annonçant des ajustements de prix. La bannière dit évaluer les répercussions sur ses activités et sur sa clientèle. Elle prévient surtout que toute hausse proposée devra être justifiée et rattachée aux effets des mesures tarifaires. Les autres bannières d’alimentation sollicitées n’ont pas répondu. Le fait marquant, c’est le délai : entre minuit une et les premiers avis, il s’est écoulé moins d’une journée ouvrable. Pour un exploitant, le message est net. La négociation sur les prix d’achat s’ouvre maintenant, pas dans un mois.
Chez Metro, la hausse remonte à des marchands, pas à des franchisés
Le parc québécois de Metro ne se qualifie pas en franchise, et la nuance compte ici. À côté des 183 supermarchés Metro et Metro Plus du Québec et des 121 Super C, le groupe chapeaute 327 commerces de petite surface sous la bannière Marché Ami, née en 1962 de l’Association des marchands indépendants, 50 Marché Richelieu au Québec et 283 dépanneurs Servi Express et GEM.
Le groupe décrit lui-même ces bannières comme flexibles, adaptées aux besoins d’exploitation du marchand. La distinction n’a rien de cosmétique. Un marchand affilié garde une marge de manœuvre sur une partie de son approvisionnement. Un franchisé, lui, achète presque toujours dans une chaîne centralisée qu’il ne négocie pas.
Le seuil d’accès aux programmes de la BDC tombe à 1 million de dollars
Le même communiqué fédéral annonce 7,5 milliards de dollars de mesures nouvelles ou bonifiées, en plus des quelque 25 milliards déjà déployés depuis l’imposition des droits américains. Deux volets concernent directement un exploitant de commerce. D’abord 1,5 milliard de dollars versés par les agences de développement régional dans l’Initiative régionale de réponse tarifaire. Ensuite, et c’est le changement le plus concret, l’abaissement à 1 million de dollars du seuil minimal de revenus pour accéder aux programmes tarifaires de la Banque de développement du Canada.
Bon à savoir
Un franchisé qui exploite un seul établissement et dont les revenus dépassent 1 million de dollars devient admissible aux programmes tarifaires de la BDC. Le nouveau volet de liquidités de 500 millions de dollars du programme Pivot to Grow vise précisément les tensions de trésorerie à court terme.
Ce que la suite dira sur la transmission aux tablettes
Plusieurs entreprises ont gonflé leurs stocks avant le 8 septembre et éviteront les surtaxes quelques semaines. Passé ce coussin, tout se joue sur l’absorption. À 15 %, une chaîne encaisse. À 50 %, l’exercice devient franchement difficile.
Pour un candidat franchisé du secteur alimentaire qui bâtit son plan d’affaires cet automne, deux données méritent d’être suivies de près : le taux effectif appliqué à ses propres intrants, et la durée annoncée des mesures. Les prochaines circulaires des bannières d’alimentation en diront plus long que n’importe quel communiqué.











