Un promoteur veut investir 4 millions de dollars pour bâtir une pharmacie Pharmaprix de 12 500 pi² à Chibougamau, dans le Nord-du-Québec. Le projet, déposé au conseil municipal, promet de 15 à 20 emplois directs. Il rappelle surtout une règle que beaucoup de candidats ignorent : au Québec, une pharmacie ne s’ouvre pas comme un commerce ordinaire.
Le terrain visé se trouve sur la 3e Rue, à l’emplacement d’un ancien poste d’essence laissé vacant depuis vingt ans, face au Borée et tout près du Maxi. Le promoteur a déposé ses documents au conseil de ville, qui devra modifier son zonage pour que le projet aille de l’avant. Son argument tient à l’aire de marché : Chibougamau agit comme pôle de services pour Chapais, Mistissini, Oujé-Bougoumou et Waswanipi. Le bassin commercial régional atteindrait ainsi 15 000 à 16 000 personnes selon son estimation, travailleurs miniers, forestiers et énergétiques compris.
Un terrain vide depuis vingt ans que la Ville veut voir bâti
La Ville de Chibougamau passe par un PPCMOI, le règlement sur les projets particuliers de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble, outil d’urbanisme prévu par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation pour autoriser un projet qui déroge à la réglementation. L’acceptabilité finale revient donc aux citoyens, convoqués à des consultations annoncées sous peu.
La mairesse ne cache pas sa préférence. Le lot est inoccupé depuis deux décennies dans un secteur à requalifier, et le projet crée une quinzaine d’emplois. Sur la concurrence que la nouvelle adresse créerait, elle rappelle qu’une municipalité ne peut légalement protéger les intérêts d’une entreprise au détriment d’une autre.
Pharmaprix est une bannière sous licence, jamais une porte ouverte à un non-pharmacien
C’est ici que le vocabulaire compte. Pharmaprix inc. est une division exploitante indépendante des Compagnies Loblaw Limitée, qui octroie des licences à des pharmacies de détail exploitées sous la bannière Pharmaprix au Québec, sous l’enseigne Shoppers Drug Mart ailleurs au Canada. Le réseau parle de pharmaciens propriétaires affiliés, pas de franchisés. Ce n’est pas une nuance de communication, mais il est cependant tout à fait possible de rejoindre la bannière.
L’article 27 de la Loi sur la pharmacie réserve la propriété d’une pharmacie à un pharmacien, à une société de pharmaciens ou à une société par actions dont toutes les actions et tous les administrateurs sont des pharmaciens. Le même verrou vaut chez Jean Coutu, chez Uniprix, chez Familiprix et chez Brunet. Un candidat qui n’a pas le permis d’exercice n’achète pas une pharmacie, peu importe sa mise de fonds.
Bon à savoir
Une annonce d’ouverture de pharmacie n’est jamais une occasion d’affaires ouverte au grand public. Le promoteur immobilier bâtit et loue ; l’exploitant, lui, doit être inscrit au tableau de l’Ordre des pharmaciens du Québec.
Les 70 employés déjà en poste, vrai point de friction du dossier
Les propriétaires des pharmacies uniprix et Proxim de Chibougamau, Frédéric Duchesne et François Morin, ont réagi en entrevue à la radio locale. Leur position tient en deux temps : ils ne contestent pas les décisions d’urbanisme de la Ville, mais ils redoutent l’effet d’un troisième joueur sur le recrutement.
Leurs deux établissements font travailler 70 personnes. Embaucher des pharmaciens et des assistants techniques en pharmacie est déjà difficile à cette latitude, et une adresse supplémentaire viendrait puiser dans le même bassin. C’est le rappel le plus utile du dossier pour tout réseau qui regarde les régions ressources : le local se trouve, l’équipe beaucoup moins.
Effectif combiné des EMPLOYÉS DES pharmacies uniprix et Proxim de Chibougamau, selon leurs propriétaires. La rareté de main-d’œuvre, et non le zonage, constitue le principal frein évoqué.

Un test grandeur réelle pour l’implantation des bannières en région ressource
Le dossier n’est pas joué. Le PPCMOI impose une modification de zonage, puis une consultation où les citoyens de Chibougamau auront le dernier mot. Les dates ne sont pas encore publiques.
Deux signaux méritent d’être suivis. Le premier est la capacité du promoteur à annoncer un pharmacien propriétaire, sans lequel le bâtiment reste une coquille. Le second est la réponse de la Ville sur la main-d’œuvre, un enjeu qui dépasse le commerce de détail dans le Nord-du-Québec. Les réseaux qui préparent une percée en région ressource trouveront là un cas d’école.











