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Grande Démission : info ou intox ?

4 Min. de lecture
Un collaborateur désengagé pour illustrer la grande démission.

Post-Covid, les Etats-Unis ont connu des vagues de démissions massives. Le phénomène semble avoir aussi touché la France, qui enregistre son propre lot de départs. Pourtant, à y regarder de plus près, les actifs français sont avant tout dans une démarche de réorientation du rapport au travail. Alors, la Grande Démission a-t-elle vraiment lieu ?


Démissionner ? Ils étaient près de 9 cadres sur 10 à l’envisager en 2022, d’après l’étude « Grande Démission en France, les cadres français suivent-ils la tendance internationale ? » de Robert Walters, publiée en mars 2023. Le phénomène de Grande Démission, venu d’Outre-Atlantique où les actifs ont quitté massivement leur poste, se poursuit-il en France ? Il est vrai que l’Hexagone a connu, post-Covid, sa propre vague de départs. 

D’après ses statistiques, la Dares dénombrait 520 000 démissions par trimestre en 2022, contre 450 000 en 2019, 420 000 en 2018… mais moins de 300 000 en 2020. Le niveau de démissions est donc croissant et régulier depuis des années. Seule la période forte de la pandémie a fait ralentir le mouvement, qui s’est ensuite emballé. « Pendant plus d’un an, les départs ont été gelés, car ce n’était tout simplement pas le moment de démissionner. Puis, il y a eu une sorte de phénomène de rattrapage », confirme Julien Meneboeuf, directeur associé du cabinet Robert Walters. 

Selon l’expert, ce n’est pas tant les chiffres qu’il faut retenir, mais la réorientation de la relation au travail. « Ce sont les raisons de départ qu’il faut prendre en compte, commente-t-il. Ce sont elles qui ont changé avant et après Covid. »

 Savoir fidéliser ses salariés

En effet, toujours selon l’étude de Robert Walters, en 2022, plus de 8 cadres sur 10 ont repensé leur relation au travail. Plusieurs sujets ont ainsi été remis en question : équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle (83 %), sens du travail et des missions (59 %) ou encore relation avec le manager (43 %). « Depuis le début 2023, nous observons un ralentissement des vagues de démissions, poursuit Julien Meneboeuf. Ceux qui ont voulu changer d’employeur, l’ont fait. En revanche, actuellement, les candidats n’hésitent pas à mettre fin à leur période d’essai si le projet d’entreprise est différent de celui qu’on leur a vendu, ou s’ils ne se reconnaissent pas dans la culture d’entreprise. » 

Pour éviter un tel écueil, c’est aux entreprises de prendre les choses en main. Elles doivent être davantage à l’écoute des besoins de leurs collaborateurs, qui veulent être à la fois rassurés et valorisés. Dans un contexte d’inflation, l’argument salaire reste prioritaire : 59 % des cadres renonceraient à démissionner s’ils obtenaient une augmentation ou une promotion. 

Un nouveau rapport au travail

Et si l’entreprise ne peut mettre indéfiniment la main au portefeuille ? Il faut alors soigner le bien-être au travail des collaborateurs. « Si un salarié change de travail, c’est évidemment pour un meilleur salaire… mais pas que. C’est le salaire plus “autre chose”, confirme Julien Meneboeuf. Par exemple, beaucoup de candidats se disent intéressés par la semaine de quatre jours. Avant, leur leitmotiv, c’était “ma vie privée est plus importante que ma vie professionnelle”. Désormais, les candidats veulent soigner les deux, mais avec une meilleure organisation. » 

De même, ils exprimeront davantage d’attentes en termes d’accompagnement et de formation. Cela concerne aussi bien la prise de poste que des formations au cours de la carrière dans l’entreprise. Et ceci, dans le but d’être plus performant dans son travail au quotidien, mais aussi pour mieux se valoriser par la suite, pour prendre des responsabilités plus importantes ailleurs. « C’est paradoxal avec le fait que l’on sait que le candidat peut partir du jour au lendemain, mais prendre soin de lui, en le formant, c’est un “plus” pour lui donner envie de rester », glisse Julien Meneboeuf. 

Alors, la Grande Démission, mythe ou réalité ? Rien n’est aussi tranché, mais il est évident que désormais aucune entreprise ne peut faire l’impasse sur le bien-être au travail et la reconnaissance, si elle souhaite fidéliser ses collaborateurs. Rester oui, mais pas à n’importe quel prix. 

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