L’enseigne française Micromania-Zing passe sous le contrôle d’un consortium franco-québécois mené par Stephan Tétrault, l’homme derrière le redressement d’EB Games au Canada. Un rachat qui préserve pour l’instant 300 magasins et 1 200 emplois, et qui met à l’épreuve un savoir-faire québécois de la gestion de détail sur un marché du jeu vidéo en pleine mutation.
Le 16 juillet 2026, Micromania a dévoilé l’identité de son repreneur, refermant un dossier ouvert en février 2025, quand sa maison-mère américaine GameStop avait mis la filiale française en vente. Propriété du géant américain depuis 2008, le réseau aux quelque 300 boutiques et plus de 6 millions de clients a vécu plus d’un an dans l’incertitude. Sa cousine allemande, faute d’acheteur, a fermé ses portes. Le consortium repreneur réunit quatre entrepreneurs aux profils complémentaires, dont deux figures bien connues du commerce de détail nord-américain.
Les repreneurs appliquent la recette qui a redressé EB Games
Actionnaire majoritaire d’EB Games Canada et propriétaire de McFarlane Toys, Stephan Tétrault s’entoure de Jean-François Chenail pour le volet financier et logistique, ainsi que de Sandra et Stephen Callahan, à la tête de Cobico International et de sa marque Gipsy Toys.
Leur plan reprend la stratégie qui a sorti EB Games du rouge au Canada : miser sur les produits dérivés, les figurines et les cartes à collectionner comme Pokémon ou Magic. Selon les chiffres avancés par le groupe, le réseau canadien affiche aujourd’hui 97 % de magasins rentables et une hausse de 75 % des ventes de ces produits. Un premier magasin vitrine ouvrira près de Paris dès octobre 2026.
Les risques de gestion d’une reprise pilotée depuis l’Amérique du Nord
Reprendre un réseau de 300 magasins à distance comporte sa part de risques. Le premier tient au produit lui-même. Sony cessera de produire ses jeux PlayStation sur disque à compter de 2028, une échéance qui fragilise tout le commerce du jeu vidéo physique.
Le pari des repreneurs, bâtir des revenus sur les objets de collection plutôt que sur le jeu, reste donc à confirmer en sol français, où les habitudes de magasinage diffèrent de celles du Canada. Deuxième risque : l’intégration. Piloter des équipes et une logistique françaises depuis l’Amérique du Nord suppose une coordination serrée, alors que 1 200 emplois sont en jeu. La direction assure que les équipes sont déjà en ordre de marche.
La fin des jeux sur disque
Sony arrêtera la production de jeux PlayStation sur support physique, un signal lourd pour un réseau bâti à l’origine sur la vente de jeux en boutique.
Un réseau corporatif et non une franchise : ce que le statut aurait changé
Point clé pour comprendre l’opération : Micromania n’est pas un réseau de franchises. Ses points de vente sont des établissements corporatifs, détenus en propre par l’entreprise. Racheter la société, c’est donc prendre le contrôle direct des magasins et de leurs salariés, d’un seul bloc.
Dans un réseau de franchises, la reprise se serait jouée autrement. Chaque franchisé étant une entreprise juridiquement indépendante, l’acheteur n’aurait pas récupéré les magasins, mais la position de franchiseur : la marque, le concept et les conventions de franchise en cours. Il aurait alors dû composer avec les clauses de changement de contrôle, respecter les territoires protégés et convaincre les franchisés de suivre le nouveau plan, sans pouvoir imposer du jour au lendemain un tel virage.
Bon à savoir
Dans un établissement corporatif, le siège encaisse les ventes et emploie le personnel. Dans une franchise, le franchisé est propriétaire de son commerce et verse une redevance au franchiseur. Un même changement de propriétaire ne produit donc pas du tout les mêmes effets selon le modèle.
Québec et France : deux cadres juridiques pour encadrer une reprise
Le cadre juridique aurait lui aussi pesé si Micromania avait été franchisée. En France, la vente d’une franchise oblige à remettre à chaque candidat un document d’information précontractuel, imposé par la loi Doubin. Le franchiseur doit divulguer l’état du réseau, ses comptes et son historique avant toute signature.
Au Québec, aucune loi ne vise spécifiquement la franchise. Les obligations relèvent du Code civil du Québec, surtout le devoir de bonne foi et l’exigence d’un consentement libre et éclairé. La divulgation, recommandée par l’Association canadienne de la franchise (ACF), n’est obligatoire que dans six provinces canadiennes, pas au Québec. Pour des gestionnaires québécois habitués à cette souplesse, transposer leur méthode dans un pays plus encadré supposera d’en apprivoiser les règles.
Micromania reste donc, pour l’heure, un réseau de magasins tenus en propre, ce qui donne aux repreneurs les coudées franches pour appliquer leur virage. Les prochains mois, à commencer par l’ouverture du magasin vitrine près de Paris, diront si la recette qui a sauvé EB Games au Canada s’exporte, et si les 1 200 emplois promis seront bel et bien préservés.











