Ottawa impose dès le 8 septembre des contre-tarifs de 15 %, 25 % et 50 % sur 27,6 milliards de dollars de produits américains, dont l’acier, les produits laitiers et les électroménagers. Pour les réseaux franchisés du Québec, la facture arrivera par les intrants, un poste de coûts que le franchisé ne contrôle presque jamais.
Le gouvernement fédéral a quitté la table de négociation avec Washington dans la nuit de vendredi à samedi. Des droits de douane américains de 50 % frappent depuis des produits canadiens représentant 28 milliards de dollars. Le Québec encaisse le choc plus durement que les autres provinces : son taux tarifaire effectif est passé de 6,5 % à 10 %, selon Sébastien Mc Mahon, économiste et stratège en chef chez iA Groupe financier. Aluminium, bois d’œuvre, acier et production laitière pèsent lourd dans la grappe industrielle québécoise.
Des contre-tarifs calqués sur les taux américains, produit par produit
Le ministre des Finances François-Philippe Champagne a détaillé la riposte le 25 août. À compter du 8 septembre, à 0 h 01, le Canada appliquera des surtaxes de 15 %, 25 % et 50 % sur des marchandises américaines totalisant 27,6 milliards de dollars.
Le mécanisme est simple : chaque produit visé écope du taux exact que Washington applique à son équivalent canadien. Six familles de produits concentrent la liste, soit l’acier, les produits laitiers, les appareils électroménagers, le matériel agricole, la pâte et le papier, et l’électronique.
Acier, produits laitiers et électroménagers, trois postes au cœur des réseaux
Cette liste touche directement l’équipement et l’approvisionnement des enseignes. Un comptoir de café, une crèmerie ou une pizzeria franchisée achète du lait, de la crème et du fromage. Un dépanneur ou une épicerie franchisée renouvelle ses réfrigérateurs et ses congélateurs. Une cuisine commerciale, elle, roule sur de l’acier inoxydable et des appareils largement importés des États-Unis.
Or le franchisé négocie rarement ses propres fournisseurs. La convention de franchise impose le plus souvent une chaîne d’approvisionnement centralisée et encadre les prix de vente. La hausse remonte donc au franchiseur, mais elle se paie dans la marge du franchisé.
Ce que l’épisode de 2025 a appris sur la transmission aux prix
Les contre-tarifs de 2025 ont laissé des traces mesurables. Une étude de la Banque du Canada a établi que les prix des biens visés avaient grimpé d’environ 6 % par rapport à des produits comparables non tarifés, et de près de 8 % pour les aliments et boissons au sommet de l’été.
Les détaillants n’ont pas refilé la totalité de la surtaxe, mais le consommateur en a absorbé une part. Sylvain Charlebois, directeur principal du laboratoire d’analyse agroalimentaire de l’Université Dalhousie, chiffre à environ 200 dollars par année la facture possible pour un ménage moyen si les intrants alimentaires demeurent sur la liste.
La hausse observée sur les aliments et boissons tarifés en 2025
Selon une étude de la Banque du Canada, les prix des aliments et boissons visés par les contre-tarifs de 2025 ont progressé de près de 8 % au sommet de l’été par rapport à des produits comparables non tarifés. (Source : Banque du Canada, cité par Retail Insider, 2026)
7,5 milliards de dollars d’aide, dont 1,5 milliard réservé aux PME
Ottawa accompagne sa riposte d’un plan de soutien de 7,5 milliards de dollars. Les petites et moyennes entreprises y trouvent 1,5 milliard de dollars distribué par les agences de développement régional et 500 millions de dollars de liquidités par la Banque de développement du Canada.
Bon à savoir
Le plan fédéral compte quatre volets : 1,5 milliard de dollars pour les PME, 500 millions de dollars de liquidités par la BDC, deux milliards de dollars pour le nouveau Fonds de diversification Canada fort et 3,5 milliards de dollars de réponse rapide (assurance-emploi, formation, requalification).
Deux semaines pour ajuster les commandes avant l’entrée en vigueur
Les réseaux ont jusqu’au 8 septembre pour passer leurs commandes aux conditions actuelles et revoir leurs sources d’approvisionnement. Les franchisés qui exploitent en restauration ou en alimentation gagnent à réclamer dès maintenant à leur franchiseur la liste des références touchées et le calendrier des ajustements de prix.
Du côté de Québec, le Programme d’aide d’urgence aux PME comporte déjà un volet tarifaire. Reste la question qui décidera de l’ampleur de la facture : combien de temps ces surtaxes resteront en place. La Banque du Canada a observé que les détaillants transmettent davantage la hausse aux prix quand ils la croient durable.











