Identité forte et esprit de corps : le secret des entreprises performantes

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“Indicateur de performance”. “Levier de performance”. “Piloter la performance”. La réussite d’une entreprise est souvent associée à cette fameuse performance. Mais que représente donc ce terme qui obsède nos dirigeants ? Comment la favoriser en entreprise ?


Selon Fanny Nusbaum, docteure en psychologie, chercheuse et auteure de Le Secret des Performants, la performance est le stade le plus élevé de l’état d’intelligence. Une phase durant laquelle le « performant » peut exprimer tout son potentiel de façon simple, instinctive, pour aboutir à une action reconnue par son entourage comme sortant de l’ordinaire. Mais qu’est-ce qui fait qu’une entreprise est performante ? Est-ce d’ailleurs l’entreprise qui est en performance ou son dirigeant ? Réponses.

Qui sont les performants et qu’est-ce qui les anime ? 

Comment reconnaît-on la performance ? De l’extérieur, on ne constate qu’une grande réussite qui sort de l’ordinaire. Mais pour qu’il y ait performance il faut des témoins. On ne performe pas seul dans son garage. Aussi, selon Fanny Nusbaum, la performance est la validation de la part de l’environnement d’une action jugée hors norme.

À titre individuel, la performance se vit comme un état au cours duquel tout devient facile, limpide, par rapport à une capacité dominante : l’intellectuel, par exemple, va d’un coup avoir un raisonnement qu’il va pouvoir expliquer de façon claire et remporter l’adhésion du public ; le sportif va marquer un point extraordinaire au cours d’un match ; le chef d’entreprise va réussir une vente merveilleuse. Dans son ouvrage Le Secret des Performants plusieurs dirigeants d’entreprise décrivent ce moment comme un état de flow accompagné d’un rush d’adrénaline où tout semble évident. 

Si tout le monde peut atteindre un état de performance, il semblerait que certains individus soient plus susceptibles d’entrer en performance que d’autres. C’est par exemple le cas de certains entrepreneurs : « Un entrepreneur n’est pas toujours performant. En revanche, je pense que son état d’esprit général et sa personnalité, qui est assez typique de ceux qui entreprennent, lui permettent d’être plus souvent en état de performance. » décrit Fanny Nusbaum. 

Selon Emmanuel Durand, PDG de Snapchat, cité dans son ouvrage, la notion de capacité serait surestimée au détriment de la motivation : « Les gens qui performent ne sont pas les plus capables, mais les plus intéressés ». Il introduit ainsi la notion de motivation comme moteur de la performance. Elle s’accompagne également d’une grande confiance en soi et en la vie ainsi qu’une tendance à suivre son instinct. C’est ce que décrit Anaïs Richardin, directrice de rédaction chez Maddyness : « Dans tout ce que je fais, je marche à l’intuition. […] Je prends aussi souvent des chemins détournés, qui, je le sais, me mèneront à bon port quoi qu’il arrive. » Le point commun de ces personnes identifiées comme performantes par Fanny Nusbaum est qu’ils ne perdent pas de temps à analyser, hésiter et tergiverser. Confiants dans leurs capacités, ils se laissent porter par leur intuition et passent directement à l’action : la performance.

Qui porte la performance en entreprise ?

En lisant le livre de Fanny Nusbaum on comprend que la performance résulte d’une action portée par une personne. La réussite d’une entreprise y est d’ailleurs décrite comme le résultat d’un état de performance de son fondateur. Mais doit-elle nécessairement provenir du chef d’entreprise, ou peut-elle être portée par un collectif ? Pour répondre à cette question Fanny Nusbaum fait appel à ce qu’elle nomme le « Système Jésus ». « Pour moi Jésus est un excellent exemple de performant. Le système Jésus, c’est d’avoir une identité forte et des apôtres pour porter la bonne parole. C’est la même chose en entreprise : tout le monde va suivre une vision qui souvent est celle du chef d’entreprise. Ce “modèle Jésus” fonctionne très bien. » explique l’auteure.

Autrement dit, la performance peut être individuelle mais aussi collective. Dans une entreprise, la performance du chef de troupe réside alors dans sa capacité à mobiliser le collectif et à les faire avancer dans la même direction. C’est cela que Christophe Fargier, co-fondateur et président du groupe Ninkasi, décrit dans Le Secret des Performants : « Pour maximiser mes chances de réussite, j’ai besoin de maîtriser les paramètres et d’entraîner avec moi un grand nombre de personnes motivées et passionnées. » Un constat partagé par Emmanuel Durand qui dit se sentir en performance lorsqu’il parvient à se connecter avec son auditoire : « Les performants ne sont pas de purs esprits. Il faut qu’ils soient connectés. »

Renforcer l’esprit de corps pour viser la performance de l’entreprise

Si l’on se fie au « système Jésus » décrit par Fanny Nusbaum, on comprend que la performance en entreprise est un objectif collectif. Comment, alors, la favoriser en entreprise ? Pour répondre à cette question, la docteure en psychologie commence par expliquer ce qui ne fait PAS une entreprise performante. Elle se place alors à contre-courant des tendances actuelles qui veulent que l’intelligence émotionnelle soit l’un des piliers de la performance en entreprise. « Déjà, ce n’est pas une intelligence mais une capacité, certaines personnes ont de plus grandes capacités émotionnelles que d’autres. En ce moment, c’est la grande mode de développer ses soft skills et on dit que c’est un grand atout de l’entreprise pour pouvoir performer. Bien sûr, embaucher des personnes qui ont de bonnes capacités émotionnelles crée un peu plus de solidarité et permet une meilleure atmosphère dans l’entreprise. Mais il n’y a rien qui prouve que cela rende l’entreprise plus performante. » corrige-t-elle.  

Et de poursuivre : « En fait, ce qui va faire qu’une entreprise va être performante, c’est d’avoir une identité forte, une bannière reconnaissable entre mille. Peu importe ce qu’elle vend. » C’est par exemple le cas d’entreprises comme Nike, McDonald’s ou Coca Cola, qui sont reconnues dans le monde entier comme des entreprises performantes. Les produits vendus par ces trois  groupes n’ont rien d’exceptionnel, mais ce qui fait leur différence c’est leur identité forte. À ceci s’ajoute un esprit de corps affirmé et des valeurs très identifiables. « Ce qui alimente cette forte identité c’est que tout le monde y croit. C’est comme le drapeau américain, il peut y avoir des citoyens des quatre coins de l’Amérique, pas du tout d’accords en matière de politique etc, en revanche ils partagent les mêmes valeurs : le drapeau américain, l’american dream etc. Là-dessus ils sont tous d’accord. » illustre Fanny Nusbaum. On a parfois tendance à confondre la convivialité, favorisée par « l’intelligence émotionnelle », avec l’esprit de corps, parce qu’on voit des personnes qui s’entendent bien. Mais en vérité ce n’est pas nécessairement le cas. C’est simplement qu’ils partagent le même idéal, ils croient au projet de leur entreprise et se reconnaissent dans son identité.

C’est donc cette association d’une identité forte et l’adhésion de tous à celle-ci qui fait la performance d’une entreprise (on en revient à la motivation décrite plus tôt). Ce qui veut dire que les éléments perturbateurs, ceux qui ne se retrouveraient pas dans les valeurs prônées par le groupe, doivent être immédiatement canalisés ou extraits. C’est ce que décrit Christophe Fargier dans son témoignage à Fanny Nusbaum : « J’utilise cette phrase pour faire réagir un collaborateur : “Sur ce sujet, tu portes (provoques des réunions, fais avancer le projet, élabores un plan de bataille…) ou tu pèses (attends les relances, te plains…) […]” C’est important de se poser la question de savoir si tu pèses sur l’entreprise et sur l’équipe ou si tu contribues à la porter. » Et de conclure : « L’important c’est que personne ne bouge dans son coin et se désynchronise du collectif. »

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