Ticket de caisse : anatomie d’une disparition

Un ticket de caisse pour illustrer l'abandon de son impression automatique.

Le gouvernement décida du report à deux reprises de la suppression du ticket de caisse initialement programmée pour le 1er janvier puis le 1er avril de cette année. Et ceci pour deux raisons : permettre une pédagogie utile en période d’inflation autour des nouvelles habitudes à prendre et laisser le temps aux enseignes d’adapter leurs systèmes informatiques. Pourtant, rarement une disparition aura été autant commentée. 


S’il est évidemment exagéré de dire que son histoire est aussi vieille que le monde, son apparition remonte tout de même au troisième millénaire avant notre ère, sous la forme de tablettes d’argile retrouvées par des équipes d’archéologues du côté de Babylone et de Jérusalem. Le ticket de caisse est donc bien plus qu’un simple colifichet, c’est une habitude ancrée depuis des siècles devenue un véritable repère dans l’acte d’achat. 

Après de multiples mutations au cours des siècles, le ticket de caisse imprimé sur papier s’est largement généralisé avec l’avènement au cours du XXe siècle de la société de consommation. A tel point qu’on en n’imprime pas moins de 12 milliards par an en France et, cela, sans tenir compte des tickets de carte bancaire ni des bons d’achat. Dès lors, comment expliquer la fin de l’impression automatique du ticket de caisse depuis le 1er août dernier ?

Préserver l’environnement, une priorité pour tous

Celle-ci, justement, s’inscrit dans la volonté de lutter contre le réchauffement climatique, engagement dont il semble difficile de remettre en cause le bien-fondé. En effet, face à l’urgence climatique, ces dernières années ont été marquées par l’adoption en plusieurs temps d’un cadre législatif et réglementaire visant à transformer nos modes de vie, condition essentielle à un modèle de société plus durable. 

Au premier rang de ce long travail de concertation entre pouvoirs publics, collectivités, entreprises et organisations de la société civile, se trouve la loi « anti-gaspillage et économie circulaire » (AGEC) votée en 2020. On l’aura compris, la suppression automatique du ticket de caisse s’inscrit dans une démarche globale de sobriété écologique qui instaure de nouvelles interdictions et obligations et – c’est peut-être là un point de débat mais nous y reviendrons – de nouveaux outils. Et il faut dire qu’en matière d’impact environnemental, le ticket de caisse en France représente 25 millions d’arbres coupés et 18 milliards de litres d’eau consommés annuellement et… une quantité colossale de déchets en grande partie non recyclables. 

Car, un autre enjeu, sanitaire cette fois, est étrangement et régulièrement minoré : plus de la moitié contiennent encore du Bisphénol A (BPA), bien que cette molécule soit soupçonnée de présenter un danger pour la santé du consommateur. L’autre partie remplace le plus souvent le BPA par du Bisphénol S (BPS) ou du Bisphénol F (BPF) pourtant tout aussi nocifs pour la santé et l’environnement. A ce titre, de nombreuses études scientifiques en dénoncent les risques multiples – cancers, perturbations endocrinologiques, etc. – et accrus par le fait que ces molécules pénètrent l’organisme par la peau avec facilité et restent dans l’organisme pendant des mois.

Des points de vigilance et des polémiques futiles

Dans ce contexte, il semble finalement assez logique et même louable que l’impression automatique et, donc, systématique ait été décidée. Pour autant, la suppression du ticket de caisse engendre des difficultés réelles tels que, pêle-mêle :  une dématérialisation responsable d’émission de gaz à effet de serre, des risques pour le respect de la vie privée par la collecte de données personnelles, une preuve d’achat, une gestion budgétaire et une vérification du montant payé – car nul n’est à l’abri d’une erreur – rendus plus compliqués. A tous ces points, il faudra, c’est indéniable, trouver des réponses adaptées. Les commerçants engagés aux côtés et au service de leurs clients seront comme toujours force de proposition afin d’améliorer tout ce qui mérite de l’être.

En ce sens, opposer artificiellement, comme certains le font depuis quelques semaines, les premiers aux seconds en affirmant que l’application de la législation conduira à de l’abus généralisé au détriment du consommateur est au mieux de la méconnaissance, au pire de la mauvaise foi. Il paraît ici utile de rappeler cette réalité banale : dans leur immense majorité, les commerçants s’échinent à appliquer une multitude de règles et à travailler sous contrainte pour offrir le meilleur service à leurs clients sans lesquels, ils ne le savent que trop bien, leur activité disparaîtrait. Autrement dit, le procès en malhonnêteté fait aux commerçants est fallacieux et profondément injuste. 

Si informer est l’une des conditions essentielles du cadre démocratique, désinformer en est un signal inquiétant de délitement. On ne le dira jamais assez, notre société a plus que jamais besoin de débats constructifs et sereins afin de relever collectivement les grands défis d’aujourd’hui et de demain. 

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