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Le Gouvernement s’attaque à la “shrinkflation” en magasin

3 Min. de lecture
Un homme se tient devant le rayon frais d'un magasin.

En ce début d’année 2024, le Gouvernement souhaite s’attaquer à la pratique régulièrement dénoncée de la “shrinkflation” et a soumis à Bruxelle un projet de décret visant à imposer aux distributeurs de signaler toute hausse de prix masquée par une baisse de quantité de produit.


Régulièrement dénoncée par les ménages et les associations de consommateurs, la “shrinkflation” ou “Réduflation” est une pratique des agro-industriels, fabricants de produits de grande consommation et distributeurs qui consiste à réduire la quantité de produit dans un emballage sans faire baisser son prix.

Ce procédé se retrouve également dans le secteur de la restauration avec, par exemple, un plat servi au même prix mais avec moins de frites ou une pièce de viande plus légère. Il est à noter que cette forme d’inflation masquée est légale, à condition que la mention du poids de la denrée soit modifiée. Ce n’est pas forcément pour tromper le consommateur : cela peut être pour s’aligner sur la concurrence ou pour éviter de franchir un seuil de prix tel qu’il détournerait l’acheteur du produit.

En septembre 2023, le Ministre de l’économie, Bruno Lemaire, s’insurgeait déjà contre ce procédé qu’il qualifiait d’arnaque, quand Elisabeth Borne le jugeait choquant. En janvier 2024, le Gouvernement a donc décidé de s’attaquer à cette pratique par le biais d’un projet d’arrêté qui, s’il est validé, pourrait être mis en vigueur d’ici fin mars 2024. Une première version de ce décret a déjà été soumise à la Commission Européenne pour avis, afin de vérifier la conformité avec une directive européenne de 2015 sur la transparence des règles techniques.. « Si la Commission ne fait aucun commentaire sur le projet notifié, alors la publication au Journal officiel pourra avoir lieu à la fin du mois de mars 2024 », a indiqué le Cabinet d’Olivia Grégoire.

Ce décret obligerait les distributeurs à indiquer clairement en magasin une baisse de quantité vendue. Si cette mesure n’a pas vocation à faire baisser les prix de vente, elle répond à la demande des consommateurs d’être mieux informés. Concrètement, il reviendra au distributeurs d’inscrire sur les références ayant fait l’objet d’une réduction des portions, la mention « pour ce produit, la quantité vendue est passée de X à Y et son prix au (préciser l’unité de mesure concernée) a augmenté de X% ou Y€ », selon le projet d’arrêté que l’AFP a consulté lundi. Le texte précise que cette mention doit figurer « directement sur l’emballage ou sur une étiquette attachée ou placée à proximité de ce produit, de façon visible, lisible », sous peine d’une amende de 15 000 euros.

Une nouvelle règle que les acteurs de la distribution déplorent, à l’instar du patron de Système U, Dominique Schelcher, qui craint une perte de temps des équipes en magasin. « Si un décret sort, nous le respecterons et l’appliquerons mais nous le regrettons. C’est l’industriel qui sait que son emballage a baissé, que la recette a été remise en cause » a-t-il déclaré au micro de France Inter.

Mi-décembre, le spécialiste du secteur de la distribution Philippe Goetzmann avait publié avec la fondation Jean Jaurès un avis sur cette pratique de réductions des quantités. Il y rappelait que « les prix sont libres, ainsi que les grammages » et que les réductions de quantité sont « généralement accompagnés d’évolutions de recette ». Comment alors savoir ce qui relève de « l’innovation » alimentaire – un changement de recette, avec par exemple moins de sucre ou de sel -, et ce qui n’est qu’une hausse de prix masquée ?

Le cas s’est posé récemment concernant le célèbre fromage fondu Kiri dont la portion a perdu 2 grammes en 2022 à l’occasion d’un changement de recette. Son fabricant, l’agro-industriel Bel, avait alors plaidé une évolution de la recette « plus naturelle, sans additifs » et fabriquée en France à base de lait français.

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