Trois ans après la reprise des magasins Mestdagh, la CNE accuse un adhérent Intermarché de Liège d’avoir licencié une dizaine de travailleurs en moins de deux mois, sans respecter la procédure de licenciement collectif. L’exploitant dément et se dit prêt à rendre des comptes à l’inspection sociale.
Une dizaine de licenciements en moins de 60 jours au magasin Intermarché de Blonden, à Liège : c’est ce que dénonce la Centrale nationale des employés (CNE), l’aile employés du syndicat chrétien CSC, rapportait mercredi la RTBF. Le syndicat vise un adhérent qui exploite trois magasins dans la Cité ardente, à Blonden, à la Galerie Saint-Lambert et à Humblet. Selon la CNE, la plupart des personnes licenciées sont d’anciens travailleurs de Mestdagh âgés de 55 à 60 ans, avec une forte ancienneté. Le syndicat souligne que le magasin de Blonden a dégagé un bénéfice en 2025.
La CNE parle de licenciements illicites à Blonden
Pour le syndicat, la procédure Renault, qui encadre les licenciements collectifs, n’a pas été suivie. « Les règles élémentaires du droit du travail sur la manière dont on notifie les licenciements n’ont pas été respectées. Ce qui revient à dire que ce sont des licenciements illicites », explique Marina Bozzelli, conseillère juridique à la CNE, à la RTBF.
Dans un communiqué publié mardi, la CNE reproche aussi à l’exploitant de ne pas avoir respecté la CCT n° 32bis, qui garantit le maintien des droits des travailleurs lors d’un transfert d’entreprise. Elle réclame l’intervention des autorités et a saisi le service du contrôle des lois sociales du SPF Emploi.
Trois sociétés distinctes pour trois magasins
Le cœur du reproche porte sur la structure juridique du multi-magasins. Selon la CNE, l’adhérent a logé chacun de ses trois points de vente dans une société distincte, alors qu’ensemble ils emploient plus de 20 personnes.
Ce découpage lui permettrait d’échapper à la commission paritaire 202, plus favorable aux travailleurs. « Certains adhérents ont trois, quatre, cinq, voire six magasins, avec des sociétés distinctes », pointe la conseillère juridique du syndicat. Plus largement, la CNE conteste les horaires de magasins du réseau, ouverts le dimanche et les jours fériés au-delà de midi. Elle pointe aussi le magasin Humblet, ouvert jusqu’à 21h45.
Bon à savoir
En Belgique, un franchisé qui reprend un magasin avec son personnel reprend aussi les droits acquis de ces travailleurs, en vertu de la CCT n° 32bis. Avant de signer, un candidat a intérêt à faire chiffrer l’ancienneté et les conditions salariales des équipes reprises par son secrétariat social.
L’adhérent dément « formellement » les accusations
Contacté par la RTBF, l’exploitant des trois magasins conteste par écrit. Il dément « formellement » tout manquement à la procédure Renault et dénonce des « accusations publiques non fondées ».
Selon lui, le syndicat n’a jamais avancé d’élément probant, malgré de nombreux échanges. Il assure se tenir à la disposition des services d’inspection compétents. La direction d’Intermarché Belgique a également répondu à la CNE, selon le magazine spécialisé Gondola. Le quotidien Sudinfo a de son côté recueilli le témoignage d’une ancienne employée.
Un réseau franchisé sous surveillance syndicale
Il y a trois ans, plusieurs dizaines de supermarchés Carrefour Market du groupe Mestdagh sont passés sous l’enseigne Intermarché, du groupe français Les Mousquetaires. Beaucoup sont aujourd’hui exploités par des adhérents indépendants. L’enseigne figure parmi les membres effectifs de la Fédération Belge de la Franchise (FBF), qui la classe en franchise.
La suite dépendra des constats du contrôle des lois sociales, saisi par la CNE. Le syndicat annonce qu’il poursuivra toutes les actions nécessaires pour faire reconnaître les droits des travailleurs licenciés.











