Colruyt, Aldi et Lidl, épaulés par trois syndicats, font pression sur le ministre fédéral de l’Économie pour obtenir des « conditions de concurrence équitables » face aux supermarchés tenus par des indépendants. Leur but : ouvrir le dimanche à un coût supportable, sans l’écart salarial qui avantage aujourd’hui leurs concurrents.
Cette offensive de lobbying, détaillée mercredi par le média spécialisé RetailDetail BE, vise David Clarinval (Mouvement réformateur, MR), ministre de l’Économie et de l’Emploi. Elle intervient alors que Colruyt reste la seule grande chaîne fermée le dimanche, hors sites touristiques en haute saison. Lidl prévoit de démarrer avec environ 150 magasins, près de la moitié de son réseau belge, et Aldi vise l’ouverture de tous ses points de vente de 8h30 à 13h.
Une coalition inédite entre distributeurs et syndicats
Que Colruyt, Aldi et Lidl avancent main dans la main avec trois syndicats n’a rien d’anodin, tant les discussions sociales sur le dimanche ont été tendues ce printemps. Selon RetailDetail BE, tous réclament au ministre David Clarinval des conditions de concurrence équitables dans la grande distribution.
L’argument central tient en une phrase : les supermarchés exploités par des indépendants bénéficient de salaires plus bas et d’une plus grande souplesse, ce qui leur permet d’ouvrir le dimanche à moindre coût. Le média précise que le secteur reste divisé sur cette initiative.
L’écart de coûts salariaux au cœur du blocage
Au printemps, le quotidien La Dernière Heure (DH) rapportait que Colruyt chiffrait le surcoût salarial du dimanche à 300 % dans ses magasins intégrés, contre 30 % pour des exploitants franchisés. Le groupe ajoutait que le ticket moyen du dimanche plafonne à environ 27 euros, contre 35 euros en semaine, ce qui rend l’équation difficile à équilibrer.
Côté législatif, le gouvernement fédéral a approuvé la suppression du jour de fermeture hebdomadaire obligatoire. Les commerces peuvent ouvrir sept jours sur sept jusqu’à 21h, mais seulement s’ils le souhaitent.
Spar, Okay et Delhaize captent déjà la clientèle du dimanche
Pendant que les discussions s’éternisent, la concurrence en profite. Les enseignes Spar (réseau franchisé de Colruyt Group via Retail Partners), Okay et Cru ouvrent déjà chaque dimanche, tout comme les magasins Delhaize, passés en affiliés indépendants depuis 2023.
Chez Aldi, le chiffre d’affaires du premier trimestre a reculé de 0,2 %, une baisse attribuée à des clients partis chez les enseignes ouvertes le dimanche. « Nous menons des discussions exploratoires avec les partenaires sociaux afin d’examiner les possibilités d’ouverture le dimanche », indiquait alors la direction d’Aldi Belgique à RetailDetail BE.
Des syndicats prudents, un volontariat comme garde-fou
Les propositions des deux discounters reposent sur le volontariat, avec une prime ou des jours de congé en compensation, et sans ouverture les jours fériés légaux. « Les gens sont soulagés que ce soit sur une base volontaire », soulignait début juin à la chaîne publique flamande VRT Wilson Wellens, représentant du syndicat libéral Synova.
Le même responsable reconnaissait toutefois que les ouvertures dominicales ne font pas l’unanimité. Aux yeux des syndicats, la question salariale reste donc indissociable de celle des horaires.
Une décision politique attendue, avec plusieurs signaux à surveiller
Reste à voir comment David Clarinval accueillera cette demande commune. Un geste sur les barèmes ou sur le cadre applicable aux indépendants pourrait rebattre les cartes entre magasins intégrés et affiliés.
Dans l’immédiat, le calendrier d’un accord reste flou. Les prochaines semaines diront si les trois discounters transforment ce front commun en ouvertures effectives, ou si le dossier s’enlise une nouvelle fois.











