À première vue, le secteur funéraire évoque un marché figé, dicté par la fatalité plus que par la dynamique économique. Pourtant, en Belgique, les entreprises de pompes funèbres évoluent dans un environnement en profonde mutation, porté à la fois par le vieillissement de la population et par une transformation en profondeur des attentes sociétales autour de la fin de vie.
Les données de Statbel sont sans équivoque : la Belgique vieillit. En 2021, près de 20 % de la population avait 65 ans ou plus. Le taux de dépendance des personnes âgées — rapport entre les plus de 65 ans et la population en âge de travailler — est passé de 26 % en 2011 à 30 % dix ans plus tard. Les projections démographiques à l’horizon 2070 confirment cette tendance : les 67 ans et plus devraient représenter près d’un quart de la population.
Une évolution qui aura un impact direct sur la mortalité. À partir de 2038, la Belgique devrait enregistrer structurellement plus de décès que de naissances, malgré la poursuite de l’allongement de l’espérance de vie. Un basculement démographique aux conséquences économiques tangibles pour l’ensemble de la filière funéraire.
Pompes funèbres : une profession réglementée en Belgique, mais non protégée
Le métier d’entrepreneur de pompes funèbres n’est pas juridiquement protégé en Belgique. Il est toutefois soumis à une obligation de reconnaissance et d’autorisation, portant notamment sur la formation, les infrastructures et les normes de santé publique. Les règles varient selon les Régions — Flandre, Wallonie et Bruxelles — avec des parcours de formation et d’agrément distincts.
Assurance obsèques : un pilier historique du secteur
L’assurance obsèques trouve son origine dans les caisses de solidarité du XIXᵉ siècle, destinées à garantir des funérailles dignes. Professionnalisée au XXᵉ siècle, elle s’est imposée comme un produit d’assurance à part entière, sous forme de capital ou de prestations. Aujourd’hui, elle est étroitement liée à l’écosystème funéraire, tant pour les particuliers que pour les opérateurs.
Ces enseignes cherchent à développer leurs réseaux de franchisés
Des funérailles de plus en plus personnalisées … et anticipées
Parallèlement à l’évolution démographique du pays, les usages changent. Les cérémonies funéraires s’émancipent progressivement des cadres religieux et traditionnels. Les familles expriment un besoin croissant de rites personnalisés, de cérémonies sur mesure, parfois laïques, souvent pensées comme un hommage singulier à la personne disparue.
Cette transformation se traduit par l’essor de nouvelles prestations : funérailles écoresponsables, choix de cercueils ou d’urnes durables, retransmissions en direct des cérémonies, registres de condoléances numériques ou encore accompagnement administratif renforcé. Autant de services qui enrichissent l’offre, mais qui contribuent également à en augmenter le coût.
Conséquence directe, les assurances obsèques se généralisent, et l’anticipation de ses propres funérailles devient un acte de plus en plus courant. Certains assurés vont jusqu’à formaliser précisément le déroulé de leur cérémonie, du choix musical au lieu de recueillement.
Dans ce contexte, le marché belge des services funéraires se développe et se diversifie. Le pays compte début 2026 environ 180 entreprises de pompes funèbres et près de 395 centres funéraires, soit une hausse d’environ 6 % depuis 2023. Une croissance qui s’accompagne d’une recomposition progressive du paysage concurrentiel.
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Consolidation du marché funéraire : entre groupes structurés et réseaux coopératifs
Historiquement, le secteur funéraire belge repose sur un tissu dense d’entreprises familiales, souvent ancrées localement depuis plusieurs générations. Un modèle qui demeure majoritaire, mais qui montre aujourd’hui ses limites, notamment en matière de transmission.
Depuis une trentaine d’années, les groupes de taille plus importante, parfois à dimension internationale, gagnent du terrain. À l’image de DELA, assureur et opérateur funéraire fondé à Eindhoven en 1937, aujourd’hui à la tête d’environ 70 centres funéraires. « Dans de nombreux cas, les enfants ne souhaitent pas reprendre l’entreprise familiale. Sans solution, c’est parfois le travail de toute une vie qui disparaît », explique le groupe. « En nous confiant leur activité, ces entreprises peuvent continuer d’exister. »
L’adossement à une structure plus large permet également de mutualiser des investissements lourds — création ou modernisation de centres funéraires, équipements, conformité réglementaire — tout en soulageant les dirigeants des tâches administratives et en professionnalisant la formation des équipes. « Nous sommes une coopérative : le profit est un moyen au service de notre mission », souligne DELA, qui réinvestit ses résultats dans l’amélioration continue des services.
La consolidation ne passe toutefois pas uniquement par des rachats. Des modèles alternatifs émergent, fondés sur la coopération plutôt que l’intégration capitalistique. En Belgique, Sereni et Ginkgho Funerals structurent ainsi des réseaux d’entrepreneurs funéraires indépendants, fédérés autour de valeurs communes.
Ces plateformes apportent un soutien mutualisé — administration, logistique, ressources humaines, digitalisation, marketing — tout en laissant à chaque acteur son autonomie et son identité locale. Un modèle hybride qui permet de réaliser des économies d’échelle sans renoncer à l’ancrage territorial, clé de la relation de confiance avec les familles.
La plupart des acteurs du secteur s’accordent sur un point : la consolidation devrait se poursuivre dans les années à venir. « Les familles sont en droit d’attendre toujours plus de professionnalisme, de qualité et d’accompagnement personnalisé », conclut DELA. « Cela suppose des investissements continus dans les équipes et les infrastructures, et donc une certaine taille critique. » Sans jamais perdre de vue l’essentiel : le funéraire reste avant tout un métier profondément humain, au croisement du service, du rituel et de l’accompagnement du deuil.
Le funéraire animalier, un marché en plein essor
Le besoin de rituels s’étend également aux animaux de compagnie. Face aux contraintes légales sur l’inhumation à domicile, les crématoriums et centres funéraires animaliers se développent rapidement. Crémation, inhumation, urnes biodégradables, cérémonies commémoratives : l’offre se diversifie, souvent dans une logique environnementale renforcée, avec des structures multi-sites et des services mobiles, en lien avec les vétérinaires.











